80% des jeunes salariés du secteur pétrolier et gazier prêts à se reconvertir

0
17

Comment les salariés de l’industrie pétrolière et gazière française réagissent-ils à la succession de crises qui affectent le secteur ? C’est ce qu’ont voulu analyser Les Amis de la Terre, l’Institut Rousseau et l’Institut Veblen en interrogeant 266 personnes, pour la plupart des cadres et ingénieurs, ayant travaillé dans une société de services pétroliers ou gaziers (Technip, Axens, Trapil…), ou dans des sociétés de production et de fourniture d’énergie ( Énergies totales Engie…).

Depuis une dizaine d’années, l’activité du secteur pétrolier et gazier français est yo-yo, tributaire de la conjoncture économique et des tensions géopolitiques. Et la pandémie de Covid est loin d’avoir arrangé les choses. Conséquence : En France, les effectifs des sociétés de services pétroliers et gaziers sont en baisse constante depuis 2015, rappelle l’étude. Alors qu’ils étaient encore 48 600 avant la pandémie, il ne reste plus que 32 000 emplois en 2021, soit une baisse de 34 % entre 2018 et 2021 et de 47 % depuis 2015.

“La crise est devant”

Dans ce contexte, les salariés du secteur ne sont pas dupes. Si 71% d’entre eux sont très conscients que leur industrie est en pleine crise, ils sont près de huit sur dix à croire que les difficultés existaient bien avant le Covid. Ils avancent diverses raisons : la priorité donnée à la rentabilité à court terme, la concurrence des énergies renouvelables et du nucléaire, ou encore le manque d’anticipation de l’entreprise sur la transition énergétique.

« La crise est devant nousestime même un ingénieur raffineur-pétrochimiste cité dans l’étude, qui, rappelons-le, a été réalisée en 2021 et ne prend donc pas en compte l’impact de la invasion russe en ukraine . On fait des annonces, des discours, de la communication, mais tout le secteur traîne des pieds. Plus nous retardons le changement, plus il sera brutal..

conscient du changement climatique

95% des personnes interrogées considèrent le changement climatique comme un problème pour l’avenir du secteur. Cette prise de conscience est totale chez les jeunes salariés : 100 % des moins de 25 ans et 99 % des 25-35 ans considèrent le problème comme grave ou très grave. La moitié de ces derniers estiment que leur entreprise pense comme eux, tandis que leurs aînés (61%) sont plus sceptiques.

en fin, la menace du changement climatique et les politiques mises en place pour le combattre sont différemment évaluées : 45% sont concernés contre 48% qui ne le sont pas. La peur est plus forte chez les salariés, ouvriers et salariés âgés que chez les managers et chez les jeunes.

Prêt à convertir…

Une grande majorité (79%) des salariés se disent prêts à se reconvertir dans un domaine autre que le pétrole et le gaz. C’est notamment le cas des moins de 35 ans (8 jeunes sur 10), entre 35 et 50 ans (84%) et moins de 5 ans (85%). Les commerciaux et les ingénieurs sont les candidats les plus nombreux au recyclage.

“Le désir de se reconvertir n’est pas seulement lié à une insatisfaction vis-à-vis des conditions de travail, indiquer les auteurs du rapport. Il n’y a pas non plus de corrélation entre le degré de satisfaction vis-à-vis des perspectives d’emploi dans l’entreprise elle-même, ou le fait que son emploi se sente menacé.. Les motifs de reconversion semblent davantage liés au désir de faire un travail utile qui a du sens pour soi ou pour la société (75%).

… dans un autre secteur énergétique

Géothermie (59% des répondants), captage et stockage du carbone (53%), vents côtiers (50%) sont les trois domaines qui attirent le plus les candidats au recyclage. Eolien terrestre, renforcement des réseaux électriques, photovoltaïque et les technologies liées aux batteries sont moins appréciées.

Les trois domaines prioritaires sont également ceux qui correspondent aux activités de diversification des entreprises du secteur pétrolier et gazier. “Ce qui expliquerait une plus grande facilité à s’y projeter”, nuancent les auteurs de l’enquête. Exemple, TotalEnergies financera 7 milliards de dollars de projets d’énergie renouvelable cette année et s’engage à recruter 700 jeunes dont la moitié sur des postes liés à la transition énergétique.

Pourtant, seuls 48% des sondés estiment pouvoir effectuer cette reconversion au sein de leur entreprise actuelle. C’est notamment le cas des salariés travaillant dans les raffineries et la pétrochimie : ingénieurs, commerciaux, chefs de projets, personnels administratifs, personnes de la R&D et de l’innovation. En revanche, 43% des sondés pensent qu’il sera nécessaire de quitter leur entreprise. En tête, employés et ouvriers.

L’appel à l’Etat

Fortes de ces résultats, les trois associations à l’origine de cette enquête appellent les pouvoirs publics à jouer un rôle central “pour ne pas laisser les seuls intérêts privés guider la transition” et impliquer les travailleurs “pour ne pas les laisser par terre”. Les auteurs du rapport organiseront une table ronde à Paris fin mars avec les acteurs du secteur pétrolier et gazier pour engager un débat dans ce sens.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here