Agroalimentaire : à Ania, un nouveau capitaine pour retrouver le bon cap

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« Je veux qu’il soit ce lien dont l’agroalimentaire français a tant besoin, entre tous nos métiers, nos entreprises de toutes tailles et nos territoires. Après trois ans de mandat, dont 17 mois à gérer une crise sans précédent, par ces mots Richard Girardot passe le flambeau à son successeur, Jean-Philippe André, directeur général de Haribo France, à la tête d’Ania. Il va falloir endurer : l’Ania est une transatlantique qui a pas mal zigzagué ces dernières années. Fédération de fédérations, elle compte 1 500 adhérents, mais elle a été ébranlée. Le nouveau président, précédé d’une réputation de savoir-faire dans la communication et le dialogue, a devant lui des jalons dangereux à franchir.

Premier thème : la représentativité. Car Ania n’est pas, loin de là, la seule interlocutrice des pouvoirs publics sur les questions agroalimentaires, notamment lorsqu’il s’agit d’évoquer les relations difficiles avec la grande distribution. “Il est souvent difficile de savoir où l’on va stratégiquement”, note un observateur. Il y a aussi leIlec, qui représente de très grands groupes — mais cela inclut également les fabricants de produits d’hygiène. Oui le Feef, son équivalent pour les petits groupes.Sans oublier la Coopération Agricole qui est à l’origine de trois produits sur cinq en rayon.

“Intérêts différents.” L’Ania a vu des fédérations claquer la porte, se senant plus représentées dans une organisation décrite par des cadres que l’ont quittée comme «compliquée» : dernière en date, l’Adapale (produits de vente et conserves), en juillet 2020 . « Dans ce contexte, alors que les acteurs ont des intérêts divergents, il n’est pas facile de parler filière et de peser, notamment face à la distribution », analyse Philippe Goetzmann, spécialiste du secteur, à la tête du cabinet qui porte su nom. Il faut donc fédérer, d’autant que le secteur (17 000 entreprises) est composé à 95 % de PME.

Le deuxième enjeu, paradoxalement, n’est pas, ou n’est plus, le plus compliqué : « Il faut redorer le blason de l’agroalimentaire dans l’imaginaire français », proclame Jean-Philippe André. L’heure est correcte. Le secteur a maintenu sa portée dans la tempête. “L’Agrobashing s’est beaucoup calmé ces derniers mois”, raconte un Marco d’Ania. Le terrain est là pour profiter d’une image rehaussée.

“L’organisation doit couvrir les principaux enjeux sociétaux, comme le score nutritionnel et l’affichage environnemental, cœur des attentes”

“L’organisation doit couvrir les principales problématiques sociales, comme le nutri-score et l’affichage environnemental, des attentes centrales”, explique-t-il. Philippe Goetzmann. Pour l’instant, cependant, il procède de façon désordonnée, incapable d’offrir une alternative crédible à des initiatives comme Yuka. Et si cela ne se fait pas avec la filière, cela se fera contre elle… « Ce ne sont pas les seuls enjeux, analyse Richard Girardot. Ces dernières années, les interrogations se sont accélérées. Développement durable, livraison, souci du local… Les certitudes du passé sont ébranlées, même chez les distributeurs… L’Ania doit être là. »

marges. Enfin, il y a évidemment un enjeu économique fondamental : les marges et les prix. Les industriels de l’agroalimentaire continuent d’alerter sur l’érosion, ce qui les empêche d’investir. “En mai, la déflation sur un an est à -0,49%, un niveau constant durant les cinq premiers mois de 2021”, indique le cabinet IRI. Prise entre la guerre des prix menée par la grande distribution et la demande légitime des agriculteurs pour une meilleure rémunération de leur production, l’industrie agroalimentaire craint d’être oubliée par le secteur. « Nous discutons toujours des passages d’augmentations de coûts pour les négociations annuelles, déplore Philippe Goetzmann. Il faut parler de marges dans la mesure où le pouvoir d’achat des Français stagne depuis treize ans et ne va pas se redresser.Il y a un travail d’investissement global à faire, coopératif entre tous les maillons de la filière. »

Seule solution : jouer collectivement, notamment au regard de l’érosion des marges résultant de la décision publique. C’est précisément en cela que Jean-Philippe André espère : rassembler un secteur dispersé comme un puzzle.

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