Agroalimentaire : les marges s’effondrent

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“Comment concilier souveraineté alimentaire, meilleure rémunération dans le monde agricole et faire face aux défis de demain alors que 2021 marque la 8e année consécutive de déflation pour notre filière”, s’interroge l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA) ? Probablement en augmentant les prix dans les magasins.

industrie alimentaire
Industries agro-alimentaires – source : Freepik @romanzaiets

L’Association nationale des industries alimentaires rassembler 32 syndicats et quinze associations régionales, représentatif des industries agro-alimentaires en France. L’agro-alimentaire est le premier secteur industriel français avec un chiffre d’affaires de 176 milliards euros et le premier employeur industriel avec 427 594 employés. Elle connaît cependant de grandes difficultés, comme le souligne une note sur la situation de l’ANIA.

98% des petites et moyennes entreprises

Il n’est plus nécessaire de démontrer le poids de l’agroalimentaire en France. Avec plus de 18% du chiffre d’affaires industriel, 16% de sa valeur ajoutée et près de 500 000 emplois, le secteur compte et pèse lourdement sur l’activité économique de notre territoire. Cette industrie transforme 70% de l’agriculture française et soutient de nombreuses exploitations au quotidien : 80% des produits alimentaires consommés en France sont produits localement.
L’industrie alimentaire est composée de 98% des petites et moyennes entreprises (PME) qui participent au développement et à l’économie du territoire. C’est essentiel quand on sait qu’au cours des 20 dernières années, 80% des emplois créés l’ont été dans les PME.

Le retour généralisé de la déflation sur les tablettes à partir de 2020confirmé par le dernier bilan des négociations commerciales (déflation de -0,3%, dans un contexte d’explosion de certaines matières premières agricoles et exigence tarifaire de 3% relevée par les fournisseurs) ajoute aux industriels en une équation particulièrement complexe en 2021 : contribuer à la souveraineté alimentaire à long terme, par un accroissement des investissements et de l’innovation, dans un contexte où la baisse de rentabilité n’a jamais été aussi sévère que ces derniers mois. Cependant, il ne peut y avoir de souveraineté alimentaire sans un arrêt immédiat et durable de la guerre des prix.

la guerre des prix

1- Le secteur alimentaire et ses 17 000 entreprises continuent d’être fragilisés par la guerre des prix dans la grande distribution : les marges industrielles s’effondrent en 2020

La santé financière des industries agroalimentaires, appréciée par le taux de marge, s’est fortement détériorée en 2020, prolongeant ainsi une tendance du travail à partir de 2007 (et plus particulièrement marquante à partir de 2017). N’oubliez pas que ce ratio vous permet d’évaluer la rentabilité des entreprises alimentaires et la part de la valeur ajoutée qui est entretenue par ses entreprises, ressource essentielle pour innover, investir et moderniser l’outil productif, répondant aux attentes des consommateurs et des marchés. Entre 2007 et 2020, ce ratio a perdu 16 points, dont 7 points depuis 2017 ! C’est une baisse d’environ 40 % au cours des 14 dernières années !
Dans ce contexte de forte pression sur le niveau des actifs, de manque de visibilité sur la sortie de crise et sur l’évolution future des marchés, l’investissement des entreprises agroalimentaires a fortement chuté en 2020 (-5%), du jamais vu depuis 2015, au plus fort de la guerre des prix.

Les industries agroalimentaires sont prises en étau entre la déflation des produits de consommation (CGP) et la hausse continue des matières premières, de l’énergie et des transports :

▪ Déflation spécifique de l’industrie agroalimentaire (-6,2% entre 2013 et 2020), alors que l’inflation mondiale a augmenté de 6% sur la même période. Rapport économique 10 mai 2021

▪ Forte volatilité et tendance à la hausse des matières premières, sans répercussion en aval dans le secteur. Au cours de la période la plus récente, le prix des matières premières alimentaires et industrielles a été particulièrement dynamique :
– +17% dans toutes les matières premières alimentaires,
– fortes pressions également sur les emballages : augmentation de près de 40 % pour les emballages plastiques, + 34 % pour l’aluminium, voire 50 % pour le papier/carton, etc.).
Ces tensions sur le coût et la disponibilité des approvisionnements se sont accrues ces derniers mois. Dans un contexte de guerres des prix persistantes dans la grande et moyenne distribution (GMS), ses conséquences affecteront l’ensemble du secteur en 2021.

80% des produits alimentaires fabriqués en France

2- D’ici 2021, un impératif : recréer les conditions de création de valeur pour le secteur alimentaire pour répondre à l’objectif de souveraineté alimentaire

Si l’on s’en tient à l’analyse des données “brutes”, la France reste souveraine, notamment vis-à-vis des autres industries de transformation : 80% des produits alimentaires consommés par les Français sont fabriqués en France. C’est un acquis qu’il faut préserver car il est essentiel pour le dynamisme économique des territoires et la préservation de l’emploi local.

dans un contexte de diminution de la valeur ajoutée, spécifique à la France (-14,5% sur les 10 dernières années contre 13,4% pour l’ensemble de la zone euro), les nouvelles obligations et restrictions excessives en matière de transparence des prix d’achat agricoles iraient à l’encontre de l’objectif et mettraient directement l’alimentation l’industrie à un désavantage concurrentiel substantiel. les industriels ils peuvent être contraints de s’approvisionner à l’étranger ou même de délocaliser leurs sites de productionce qui serait totalement contraire à l’objectif de souveraineté alimentaire assigné aux acteurs de la filière.

3- L’ANIA demande : pour renforcer les prix fournisseurs, la notion d’inflation alimentaire
raisonnable et raisonné ne doit plus être tabou !

Aligner l’inflation alimentaire (-0,1 % en 2020) sur un niveau cohérent avec celui observé pour l’ensemble des secteurs d’activité (+0,6 %) se traduirait par une contribution de seulement 1,5 € par ménage et par mois. La bataille du pouvoir d’achat ne se joue pas dans le panier du supermarché. Le retour de l’inflation alimentaire, sans affecter en rien le pouvoir d’achat des ménages, sauverait toute une industrie agroalimentaire, déjà très ébranlée, des conséquences désastreuses de la guerre des prix.

Pour sortir du schéma délétère de la guerre des prix, une seule option : assurer le renforcement du tarif du prestataire, condition sine qua non pour la revalorisation des revenus agricoles :
▪ Les négociations doivent partir des conditions générales de vente et non du prix convenu pour l’année N-1,
▪ Toute réduction de prix doit donner lieu à une indemnisation proportionnée et vérifiable.

Taux d'âge dans l'industrie (Ania-INSEE)
Taux d’âge dans l’industrie (Ania-INSEE)

Evolution-matières-premières-emballage-2021
Evolution-matières-premières-emballages-2021 (ANIA)

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