Aude : entre économies à court terme et révolution des usages, quels leviers pour les collectivités face à l’augmentation de l’énergie ?

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En charge du service public de l’énergie et de l’aménagement numérique du territoire, le Syndicat de l’énergie et du numérique de l’Aude (Syaden) accompagne depuis plusieurs années les collectivités qui souhaitent maîtriser ou réduire leurs factures énergétiques. Et il travaille sur les questions de “souveraineté énergétique” et “d’électricité renouvelable” à moyen et long terme.

Jouer en groupe pour résister

60 € par habitant en moyenne : c’est ce que pesait la facture énergétique des communes de l’Aude, “avant la crise”, avec une participation au budget de fonctionnement chiffrée entre 5 et 10 % (pour les communes “typiques” du département, de 200 à 1 500 habitants, NDLR). Un coût difficile à réduire, les bâtiments représentant 70 à 75 % des dépenses énergétiques, devant l’éclairage public (de 15 à 20 %) et les combustibles (de 5 à 10 %) : autant d’enjeux à concilier, encore plus avec les impacts de la crise sanitaire et de la guerre en Ukraine, qui pèsent sur le pouvoir d’achat, les prix des matières premières et les prix de l’énergie. Un dernier point que le Syaden tente “atténuer l’impact sur les communautés”précise son président Régis Banquet, par l’intermédiaire de centrales d’achat, d’électricité et de gaz.

Le premier, négocié à l’automne 2021, portait sur l’achat de 127 GWh/an, et une fourniture d’un montant de 8 millions d’euros (hors redevance d’utilisation des réseaux publics d’électricité, liée au transport de l’électricité, et taxes, NDLR) pour 429 communes (9.000 compteurs) : à la clé des discussions, une hausse “limitée” de 17% avec “un prix adouci sur trois ans pour une visibilité budgétaire”, précise Régis Banquet, alors que les particuliers subissaient une hausse de 40 %. Côté gaz, le consortium regroupe 90 communes, pour 75 GWh/an, ce qui représente une dépense de 2 millions d’euros (toujours sans abonnement réseau et sans taxes, ndlr) : un montant qui représente un prix d’achat de 20 € par MWH, “Quand les prix montaient à 200€, et aujourd’hui on est autour de 100-150€”précise le président de Syaden.

Un engagement collectif également pris pour l’achat groupé de véhicules électriques, avec une adjudication prévue à l’été 2022. Et comme l’incertitude règne, avec des marchés très fluctuants, le Syaden développera les achats en 2023. “par hasard”l’examen des volumes disponibles en bourse – l’opportunité, là encore, “avoir les prix les plus bas possibles”Oui “faire des réservations”.

Conseiller, former, évoluer en performance énergétique

Finances publiques, budgets locaux et services publics organisés par les collectivités locales : trois domaines inévitablement « fragilisés » par la hausse des prix de l’énergie. Une question au cœur des préoccupations de Syaden avant la ou les crises. “Depuis cinq ou six ans, nous travaillons sur l’efficacité énergétique des bâtiments, avec des audits, des projets livrés aux collectivités et des subventions”dit Régis Banquet. Le conseil énergétique partagé, avec un audit global du patrimoine, est généralement suivi d’une mise en œuvre à 25% des mesures, “avec des profits importants” ; Concernant les audits énergétiques dirigés et les rénovations thermiques associées, 40 dossiers ont été lancés, avec pour objectif de réduire les consommations entre 30 et 40 % en deux ans.

Autre levier, l’éclairage public, avec 1,5 million d’euros de subventions Syaden soit 3 millions d’euros en construction, avec des bénéfices autorisés de 50 à 80 % pour l’utilisation des LED et une économie de 40 % pour l’extinction nocturne dans une soixantaine de communes. Le tableau ne serait pas complet sans la composante de formation des agents : “On sait qu’abaisser la température de 1° permet d’économiser 7% d’énergie”précise Régis Banquet, rappelant l’incitation à utiliser le numérique, parmi “télécommande” et “capteurs”pour éviter les dépenses parasites en termes de chauffage et d’éclairage.

Autant d’engagements qui, estime le président de Syaden, ont pesé sur la frénésie de projets présentés par les collectivités de l’Aude pour bénéficier de la prime France Relance et des fonds débloqués par l’Etat pour la rénovation énergétique des bâtiments communaux ou départementaux : “En moyenne, 25 à 30 dossiers par département ont été sélectionnés. Dans l’Aude, 193 dossiers ont été déposés et sélectionnés. C’est bien car les communes ont été préparées.” Au final, 9,3 millions d’euros ont été versés.

Bois énergie, photovoltaïque, hydrogène : penser l’avenir

40 900 € d’investissement (dont 32 000 € d’aide de l’Etat) pour une chaudière à pellets, 800 € d’économies annuelles, 4 tonnes équivalent pétrole (TEP) d’énergie fossile remplacées par an, 11 tonnes de CO2 évitées par an dans les 513 mdeux du centre communal de Laure-Minervois, faisant une croix sur le fioul ; 39 000 € (dont 10 200 € d’aides régionales et départementales) pour le même équipement, 9 600 € d’économies annuelles, 15 t de CO2 en moins, au groupe scolaire des Salles-sur-L’Hers (881 mdeux), en oubliant l’unité de production de chaleur au gaz propane ; ou un réseau de chaleur pour l’école, la cantine et le centre de loisirs (2 400 mdeux) à Villepinte, avec un investissement de 320 000 € (dont 180 000 € d’aides Régionales, Départementales et Ademe), pour économiser 6 570 € par an de charges et de consommation de 1 000 litres de fioul. Trois exemples, qui se sont concrétisés en 2016, 2017 et 2019, qui, sur la base de l’analyse des opportunités apportées par Syaden, ont conduit à ces changements : tous les bénéfices, insiste Régis Banquet, « entre opportunités de subventions et stabilité des dépenses énergétiques ».

Une piste dans la filière bois énergie encore à explorer, bien sûr, à l’avenir. Comme la géothermie, et plus généralement un effort de production d’électricité renouvelable. Avec la joint-venture ELO, Syaden investit 20 à 30 MW de capacité de production : « Essentiellement dans le photovoltaïque, dit Régis Banquet, pour les installations de 1 à 2 ha, dans les communes de 150 à 200 habitants, pour réaliser l’autoconsommation. De Laroque de Fa à Pomas, des projets sont en cours, à l’échelle collective. Mais ce mode d’autoconsommation s’applique aussi à des échelles plus restreintes, comme les garages du centre hospitalier de Carcassonne, ses « 100 à 150 000 € d’économies » et une “maternité autoconsommation”o Infrastructure de recharge des véhicules électriques (IRVE), de Villerouge à Alzonne via Peyriac-Minervois.

Des circuits courts qui doivent aussi présider à l’utilisation de ce qui est présenté comme l’énergie de demain, l’hydrogène vert. Une ressource pour laquelle la Région a investi 150 millions d’euros pour la période 2019-2030, avec le centre névralgique de Port-la-Nouvelle et le projet Corridor H2 pour décarboner les mobilités. Un chemin que le Syaden a évidemment balisé : “Produire de l’électricité photovoltaïque, pour l’injecter dans une usine de production d’hydrogène à Carcassonnais”c’est l’avenir dont rêve Régis Banquet.

Le réseau de chaleur bois-énergie de Limoux, emblématique de la “souveraineté énergétique”

L’Institut Saint-Joseph, la résidence Alogea, la résidence Habitat Louise Michel, l’accueil des urgences de l’Aude, l’USSAP, la Maison des Associations, l’Ehpad Chénier, le centre hospitalier, l’école Jean-Moulin, le futur centre culturel. Voici la liste (non exhaustive) des bâtiments qui, à l’été 2022, devraient bénéficier de la chaufferie centrale et des trois kilomètres de réseau de chauffage au bois dans lesquels le Syaden, par mandat de la Communauté de communes Limouxin, est en opération depuis 2015. Un investissement de 5 millions d’euros, et un bénéfice évident, tant économique qu’environnemental : « Pour l’ensemble de ces acteurs et bâtiments, nous consommons aujourd’hui entre 700 000 et 800 000 € d’énergie par an, entre le gaz naturel et le fioul, résume Régis Banquet. Avec ce réseau, nous allons à 500 000 € par an.” Une économie renforcée par “prix des copeaux de bois relativement stables”. Sans oublier l’espoir que la chaufferie soit approvisionnée en “bois de Montagne Noire et Haute Vallée (la filière y représente 260 emplois, ndlr)” : “On serait alors complètement dans l’économie circulaire et la souveraineté énergétique.” Et, dernier avantage significatif, une économie de 1 890 tonnes d’émissions de CO2 par an, en supprimant la consommation de 6 500 MWh/an d’énergies fossiles.

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