avis | Les politiques agroalimentaires européennes doivent être revues

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Par Genoveva Pons (Vice-président Europe, Jacques Delors)Pascal Lami (Vice-président Europe, Jacques Delors)

Publié le 22 décembre 2021 à 16h08

L’ampleur des défis auxquels est confronté le secteur agroalimentaire européen est sans précédent, et discussions récentes autour de l’adoption par le Parlement européen de sa position sur la stratégie “De la ferme à la table” a une nouvelle fois démontré la sensibilité des enjeux.

Le programme de travail que s’est fixé l’Union européenne (UE) est également sans précédent. Dans les années à venir, il devra adopter et mettre en œuvre les stratégies nationales issues de réforme de la PAC, adopter des lois européennes pour atteindre la neutralité carbone dans tous les secteurs économiques, y compris la chaîne agroalimentaire, et contribuer aux discussions internationales sur le sujet, y compris dans le domaine commercial. Cette convergence des agendas met tous les acteurs au défi de cesser de penser en silos.

Diagnostic européen

Le diagnostic est là. L’agriculture connaît déjà un manque de renouvellement générationnel, induisant des changements profonds dans la vitalité des territoires ruraux.

L’UE est le premier exportateur mondial de produits agroalimentaires, principalement des produits transformés à haute valeur ajoutée, tout en important principalement des produits végétaux.

Les Européens consomment deux fois plus de viande que la moyenne mondiale. Mais ils ont déjà commencé à modérer leur consommation et s’interrogent de plus en plus sur leur impact sur les écosystèmes, en Europe et ailleurs.

D’ici 2030, les émissions européennes de gaz à effet de serre doivent être réduites de 55 %. Le secteur agro-alimentaire contribue à 10 % de ces émissions, et en son sein, bien que la transformation et la distribution aient une part importante, environ 70 % proviennent de la production primaire.

Alors que les secteurs de la transformation et de la distribution génèrent ensemble plus de valeur ajoutée que tous les autres secteurs de la chaîne, le revenu moyen des agriculteurs européens représente 40 % de celui de l’ensemble de la population. Il n’est pas surprenant qu’en moyenne, les aides publiques représentent 36 % de leurs revenus pour compenser cette différence.

La productivité et la compétitivité du secteur stagnent depuis plusieurs années et les investissements dans la recherche et l’innovation sont plus faibles que dans d’autres secteurs. Fait particulièrement préoccupant, le secteur financier ne se tourne pas encore vers l’innovation verte dans le secteur agroalimentaire.

Nouveau système

Face à un tel diagnostic, l’Europe a besoin d’un changement systémique. Tous les acteurs de la chaîne doivent assumer leur juste part, après un dialogue avec les pouvoirs publics européens et nationaux, reconnaissant les limites de tous, mais aussi la responsabilité de tous.

A terme, l’Europe devra se doter d’une politique agroalimentaire globale et cohérente. La stratégie « Farm to Fork » est une première étape. Mais la politique agricole commune a été pensée avant et est mise en œuvre selon ses propres instruments. Les deux approches devront être conciliées.

Entre le modèle d’aujourd’hui et les objectifs fixés pour demain, un chemin clair n’a pas encore été tracé.

Le secteur agro-alimentaire européen est trop intégré au commerce international pour songer à le couper. Mais il est légitime que les Européens s’interrogent sur l’empreinte écologique de leur mode de consommation, et donc sur leurs importations en provenance de pays aux politiques environnementales ou aux normes éthiques moins exigeantes que les nôtres. La crête est étroite entre le protectionnisme et le « précautionnisme », mais il faudra la suivre.

Enfin, entre le modèle d’aujourd’hui et les objectifs fixés pour demain, une voie claire n’est pas encore tracée. Les acteurs doivent prendre des décisions économiques et financières maintenant. Les priorités dans ce contexte sont de stimuler la recherche et l’innovation et d’obtenir l’engagement des acteurs financiers.

Genoveva Pons est directeur général et vice-président Europe, Jacques Delors. pascal lami est le vice-président Europe Jacques Delors.

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