Combien coûte la fabrication d’une baguette ?

0
30

E.Leclerc assure qu’il continue de faire des profits sur sa baguette, qui est désormais vendue à 29 centimes d’euro.

En annonçant la semaine dernière qu’il vendrait sa baguette 29 centimes d’euro pendant au moins quatre mois, pour protéger le pouvoir d’achat des Français, E. Leclerc a créé l’événement et rapidement suscité la polémique. Comment est-il possible que la marque puisse proposer un prix aussi bas, dénoncé en chœur de boulangers, agriculteurs et autres distributeurs ? L’occasion de détailler le coût de ce produit hautement symbolique.

Si l’on se pose des questions du côté des boulangers, c’est parce que le prix moyen d’une baguette en France aujourd’hui est de 90 centimes, selon l’INSEE. Son coût de production représente75 à 80% de ce totalpour les artisans boulangers, soit environ 70 centimes d’euro, estime Dominique Anract, président de la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie française (CNBPF). Dans le détail, c’est la main-d’œuvre qui pèse le plus, puisque les salaires et charges représentent 30 à 40 % du prix, précise le professionnel. Les coûts fixes (loyer, énergie, eau, etc.) représentent environ 20 % et les matières premières (principalement la farine) 15 %. Si on supprime la TVA, la marge des boulangers est “entre 10 et 20%du prix payé par les consommateurs, conclut Dominique Anract.

Dans étude réalisée en 2018 pour FranceAgriMer, le cabinet Agrex Consulting avait atteint un coût de production de la baguette artisanale légèrement supérieur aux calculs du patron de la CNBPF. Sur la base de déclarations d’experts de l’industrie, les auteurs du rapport l’ont estimé entre 80 et 92 cents. Dont 50 à 57 centimes pour la main d’oeuvre, 15 à 20 centimes pour les matières premières, 10 centimes pour les frais fixes et 5 centimes pour la TVA. La marge du boulanger était estimée entre 8 et 20 centimes par baguette.

Toujours des marges même à 29 centimes

Côté distribution, le prix de revient d’une baguette, souvent industrielle, est bien inférieur, selon E.Leclerc. En fait, même en la vendant 29 centimes, la marque dégage toujours des marges, a déclaré Michel-Edouard Leclerc, le célèbre président de son comité stratégique, à BFM Business. Contactée, la marque refuse de donner des détails sur ses coûts. Elle précise simplement que “la matière première représente environ 15% du prix de vente», jurant que vendre la baguette à 29 centimes «n’a aucun impact sur le prix d’achat pour les fournisseurs de farine et les producteurs de céréales“. Dans un article publié sur votre blogMichel-Edouard Leclerc s’est également défendu en disant :Le coût des matériaux pour fabriquer une baguette est d’environ 14% du prix de vente. Cela laisse de la place pour payer les salaires, l’électricité et les taxes… non ?« Il ne s’agit pas de vendre à perte, jure-t-il, cette pratique, consistant à revendre un produit moins cher que son prix d’achat effectif, est interdite par la loi.

Dominique Anract, vous avez du mal à y croire. “Je veux que tu nous apprennes à compter», ironise le patron de la confédération des boulangers. Difficile d’imaginer, selon lui, que le prix de revient d’E.Leclerc tienne réellement compte des frais de personnel et des frais fixes. La marque n’est pas un cas particulier dans la grande distribution. En effet, Lidl a annoncé ce jeudi matin qu’il allait aligner avec E.Leclerc et ils proposent aussi la baguette à 29 centimes. “Tout le casting suivra.», a assuré sur RMC Michel Biero, directeur exécutif de Lidl France, ajoutant que «il y a dix ans toute la distribution française vendait cette baguette à 35 centimes“. Donc déjà à un prix bien inférieur à ce qui est proposé dans les boulangeries. Si les supermarchés peuvent se le permettre, c’est parce queécraser les prix des fournisseurs», critique Dominique Anract. L’achat de gros volumes permet également aux marques de faire baisser les prix des matières premières, ce qui se répercute sur le produit final, donc la marge est également réduite au maximum.

L’exploitation commerciale d’E.Leclerc va d’autant plus mal que toutes les dépenses des artisans boulangers augmentent, prévient Dominique Anract. “Le blé a explosé ces derniers tempsle salaire minimum a augmenté, tout comme l’électricité», énumère le président de la CNBPF, obligeant certains professionnels à affecter au prix de la baguette cette augmentation du coût de production.


VOIR ÉGALEMENT – “Le pain a les mêmes vertus qu’un réseau social, il fédère une communauté”

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here