comment HEF compte diviser par 50 le coût de production des piles à combustible (et créer une usine à Saint-Etienne)

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Le groupe HEF se prépare aux conséquences. Après les « véhicules thermiques », son cœur de métier historique, qui représente encore aujourd’hui 25 % de son chiffre d’affaires.

L’ETI Loire (3 000 salariés et 207 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020), spécialiste de l’ingénierie des surfaces, a choisi de préparer son entrée dans ce futur où les véhicules fonctionnant aux énergies fossiles seront stockés au break, remplacés par des moteurs plus puissants .. respectueux de l’environnement. Son ambition : développer un matériau de surface performant pour les plaques bipolaires, composants essentiels des piles à combustible des véhicules à hydrogène.

Diviser le coût de production des piles à combustible par 50

Cinq ans après avoir investi un million d’euros pour démarrer ses premiers programmes de R&D dans ce nouveau domaine d’intervention, l’entreprise a déployé il y a quelques semaines son démonstrateur industriel dans ses installations de Saint-Etienne (deux millions d’euros d’investissement).

Cela devrait permettre aux industriels du secteur de la mobilité de tester à grande échelle l’offre de HEF dans la construction. Une proposition bien accueillie, puisque l’équipe de 5 personnes travaille déjà à plein régime pour couvrir une pile à combustible par semaine.

« Ce démonstrateur industriel va accélérer l’industrialisation des véhicules à hydrogène. Selon les experts, le marché mondial pourrait basculer vers la mobilité non thermique d’ici quinze ans, il faut donc être préparé, nous nous préparons au plus vite pour consolider notre position de leader »déclare Fabrice Prost, président de HEF.

La question du revêtement des plaques bipolaires des piles à combustible est un enjeu majeur de la mobilité hydrogène : elle conditionne non seulement les performances de la pile, et donc du véhicule, mais aussi une bonne partie de son prix. En effet, chaque pile à combustible est constituée d’un empilement de plusieurs dizaines de plaques bipolaires (jusqu’à 400 plaques).

En 2016, lorsque nous avons commencé à travailler sur l’hydrogène, la technologie standard sur le marché des piles à combustible était axée sur les plaques de titane, avec des revêtements en or. Des matières si nobles. Nous travaillons sur une double avancée technologique : un revêtement réalisé au moyen d’une solution de dépôt de carbone sous vide sur des plaques d’acier inoxydable ».

A terme, à l’échelle industrielle, le président de HEF s’attend à un coût de production des piles à combustible divisé par cinquante.

Une première usine à Saint-Etienne en 2025 avec 150 emplois

Après le lancement de son démonstrateur, HEF annonce la construction de sa première machine de production en série pour 2023/24 (investissement de l’ordre de 5 à 7 millions d’euros), à l’horizon de traiter 10 000 piles à combustible par an, ce qui représente le revêtement de deux à quatre millions de plaques bipolaires.

La prochaine étape devrait être franchie deux ans plus tard – en 2025/2026 donc – avec un investissement de 25 millions d’euros pour l’implantation à Saint-Etienne (site exact actuellement à l’étude) d’une véritable usine de production. Avec 5 machines et 150 salariés, il permettra à vitesse de croisière de traiter les plaques de 50 000 piles à combustible par an, pour le marché européen.

“Cette échelle est compatible avec les prévisions du marché qui tablent sur le déploiement des véhicules à hydrogène d’abord pour les services publics. En fait, il faudra encore quelques années pour mettre en place suffisamment de stations pour les personnes.”poursuit Fabrice Prost.

Cette base européenne, dont les retombées dans l’écosystème industriel local seront intéressantes, devrait être rapidement dupliquée en Asie, où les négociations avec un client majeur pourraient aboutir dans les prochains mois pour un lancement en 2027/2028.

« D’ici 2030, l’ambition est de déployer ce modèle d’usine partout dans le monde, au plus près de nos clients ».

Accélération de la diversification

Le démarrage du démonstrateur industriel de dépôt sous vide de plaques de piles à combustible intervient quelques mois seulement après le début d’un autre volet de la diversification du groupe HEF, vers la photonique.

ETI a acquis, en moins de six mois entre 2020 et 2021, trois sociétés positionnées sur ce secteur de la génération/transmission/traitement du signal optique : Abrisa Technologies (18 millions d’euros de CA) en Californie, Kerdry en Bretagne (2 millions d’euros de CA) et Fichou, la pépite française basée à Fresne (CA 2020 : 3,2 millions d’euros) spécialisée dans les composants optiques de très haute précision.

HEF explore depuis plusieurs années ce domaine de la photonique et maîtrise certaines briques technologiques, affichant désormais des ambitions plus marquées :

« Nous voulons devenir un acteur stratégique de la filière photonique en France. C’est moins puissant qu’en Allemagne ou aux Etats-Unis par exemple, on veut le renforcer. Pour accéder à des clients importants, il fallait atteindre une taille critique, ce qui explique ces opérations successives de croissance externe”dit Fabrice Prost.

La photonique représente actuellement 10% du chiffre d’affaires de HEF mais pourrait peser plus de 25% dans les années à venir.

« La photonique comme l’hydrogène sont deux nouvelles voies de diversification pour le groupe. La première est une voie de court terme, la seconde de long terme, mais dans les deux cas ce sont des enjeux à socle technologique commun avec nos métiers historiques », conclut le président de HEF.