Comment l’énergie pèse un peu plus sur le déficit commercial français

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Maillon faible de l’économie française depuis des années, le déficit commercial s’est creusé comme jamais auparavant en novembre. Les importations ont largement dépassé les exportations. Le premier a atteint un niveau record de 52,5 milliards d’euros (moyenne mobile sur trois mois). Les exportations ont également augmenté, mais à un niveau moins soutenu (43,5, même mode de calcul), un montant quasiment équivalent au maximum d’avril 2019, précise la Douane en son rapport mensuel publié vendredi. Soit un déficit sans précédent de 9 milliards d’euros.

« Ce dynamisme en valeur s’explique en grande partie par la hausse des prix des matières premières, notamment énergétiques, et des produits industriels. En effet, en volume, les importations n’ont augmenté que de 2,6% depuis le début de l’année, contre 20,1% en valeur. », précise l’autorité rattachée au ministère de l’Économie, des Finances et du Redressement. Il en va de même pour les exportations, qui ont gagné 1,6 % en volume depuis janvier, mais sont en hausse de 11 % en valeur.

Ainsi, pour l’énergie, le solde est largement déficitaire, à 5 milliards d’euros (moyenne mobile sur trois mois), contre 3,5 en août, indiquent les Douanes, qui pointent non seulement la hausse des prix de l’énergie , mais aussi production d’énergie basse tension, incitant à une plus grande utilisation des centrales électriques au charbon. “La France, traditionnellement un exportateur d’électricité, est devenue un importateur net en novembre, avec une production nationale incapable de répondre à la demande intérieure alimentée par des températures inférieures à la normale.”

Le déficit de la balance commerciale se creuse un peu plus en France en cette fin d'année marquée par la hausse des prix de l'énergie.

Le déficit de la balance commerciale se creuse un peu plus en France en cette fin d’année marquée par la hausse des prix de l’énergie.

Douanes (DGDDI)

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Encore un record de l’année

Les chiffres pour l’ensemble de 2021 sont attendus début février. Mais les prévisions incitent au pessimisme. Déjà, le déficit accumulé en novembre en 12 mois s’élevait à 77,6 milliards d’euros, “2,6 milliards de plus que le déficit annuel record de 2011”, chiffre la Douane.

“Il n’y a pas de grande nation avec une balance commerciale extérieure qui reste en permanence déficitaire”, a commenté le ministre de l’Economie Bruno Le Maire lors d’une conférence de presse à Bercy peu après la publication de ces chiffres.

Outre l’énergie, les problèmes d’approvisionnement des secteurs de la production automobile et de matériel de transport, traditionnellement plus prompts à générer “un peu d’excédent commercial”, pèsent sur les exportations, souligne Denis Ferrand, directeur général de l’Institut Reexecode. “La crise du Covid a touché deux maillons forts du commerce extérieur français, l’aéronautique pour les marchandises et les voyages pour les services”, indique Thomas Grjebine, du Centre d’études prospectives et d’information internationale (CEPII).

Le mal est encore plus profond. Dans une note publiée mardi 7 décembre, le haut-commissaire au plan, François Bayrou, était déjà désespéré : “Contrairement à nos voisins européens, nous avons complètement délaissé des pans entiers de notre économie de production au cours des vingt dernières années.” “En 2000, la France devançait l’Allemagne. Aujourd’hui, en tendance moyenne, la France se situe entre 75 et 90 milliards déficit du commerce extérieur et l’Allemagne entre 200 et 250 milliards de surplus », a-t-il encore rappelé, ce jeudi devant une commission sénatoriale.


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Dans son rapport, le Haut-commissaire avait ainsi listé des exemples d’arrêts inexplicables, comme le déficit des légumes qui composent la “ratatouille” (648 millions d’euros) ou celui des produits transformés en lin alors que la France est le premier producteur de fibre . “Nous savons fabriquer des satellites, des fusées, des avions, des sous-marins et des berlines, mais nous ne pouvons pas fournir de machines à laver”, a ajouté François Bayrou. “Soit on a des entreprises qui peuvent relever ces défis dans la région, et puis il faut les aider, soit on n’en a pas et il faut chercher ailleurs dans le monde : on peut créer des fonds qui prendraient des participations, et permettre la création de joint-ventures visant à se réimplanter dans des savoirs et des productions disparus dans notre pays », a imaginé l’ancien ministre et député comme solution. Contre l’impulsion de la fameuse « réindustrialisation » de la France.


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