Comprendre la crise de notre système de production alimentaire

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Notre système alimentaire s’enfonce année après année dans une triple crise, sociale, sanitaire et écologique. C’est d’abord le travail agricole qui continue d’être détruit quand le chômage est endémique. Si la métropole comptait encore 660 000 exploitations en 2000, elles sont moins de 400 000 aujourd’hui.

De moins en moins nombreux, sur des exploitations de plus en plus grandes, les agriculteurs ont cependant du mal à faire vivre une grande partie d’entre eux. Selon l’INSEE, un cinquième vit en dessous du seuil de pauvreté. Le revenu disponible moyen des grandes et moyennes exploitations s’élevait à 34 000 euros en 2019 (24 000 euros par agriculteur à temps plein), un chiffre qui cache d’énormes inégalités. Alors qu’elles contribuent à près de 90 % de la production nationale, les exploitations s’effondreraient sans les subventions dont elles bénéficient : 31 000 euros en moyenne en 2019, soit 90 % de leur revenu disponible.

Priorité à l’intensification

Dans un contexte d’ouverture des marchés mondiaux, ce soutien est une nécessité. C’est une question de sécurité alimentaire. Le problème de sa légitimité réside dans sa diffusion et sa finalité. L’aide, largement proportionnelle à la surface des exploitations, favorise l’accaparement des terres et entretient les inégalités entre producteurs.

Ce régime donne la priorité à l’intensification et à l’expansion des structures pour gagner en compétitivité. Sans résultats très probants, puisque la balance commerciale des secteurs agricoles et agroalimentaires se dégrade depuis dix ans en France, au profit des autres pays de l’Union européenne.

L’agriculture est devenue la deuxième source d’émissions de gaz à effet de serre en France

Concentré sur les volumes plutôt que sur la qualité, ce système encourage l’utilisation de pesticides (en augmentation malgré l’Ecophyto et l’extension importante des surfaces organiques ), ainsi que l’apport d’engrais, la destruction des haies et des bosquets (24 000 hectares perdus par an entre 2006 et 2014, selon l’enquête Teruti) et des zones humides, mais aussi la standardisation des variétés cultivées et des parcelles. Elle est dévastatrice pour la biodiversité domestique et sauvage, la qualité des sols et de l’eau. Les impacts sur la santé humaine de l’exposition aux pesticides sont maintenus en deçà des limites maximales autorisées terre inconnue.

Sur le plan climatique, l’agriculture est devenue la deuxième source d’émissions de gaz à effet de serre en France (21 % en 2020), en raison des émissions de méthane et de protoxyde d’azote. Celles du méthane sont principalement dues à la rumination des bovins et donc à la consommation de viande rouge et de produits laitiers.

Le protoxyde d’azote provient principalement de l’apport d’engrais de synthèse, répartis sur des surfaces dont les deux tiers sont utilisées pour l’alimentation animale. A cette empreinte écologique et climatique des régimes très carnivores s’ajoute le coût sanitaire élevé d’une alimentation trop riche : surpoids et obésité, maladies cardiovasculaires, voire cancers.

« verdissement » inefficace

Face à ces impasses, la révision des critères sociaux et environnementaux d’accompagnement des agriculteurs est le principal levier de changement (vu son importance en termes de revenus). Ce levier est bloqué par une majorité de la profession et de ses représentants, dont l’intérêt est de préserver les positions qu’ils ont acquises.

Pour cette raison, les mesures de « verdissement » de la politique agricole commune (PAC) mises en place jusqu’à présent sont timides et inefficaces, comme le rappelle la Cour des comptes européenne.

Au-delà des discussions des marchands de tapis sur la dotation budgétaire, la PAC n’a plus rien en commun

À la mi-2020, la Commission a lancé une stratégie “De la ferme à la fourchette” qui déplace l’ambition du pacte vert européen vers l’agriculture et l’alimentation. Elle propose des objectifs quantifiés : d’ici 2030, réduire de 50 % l’utilisation et le risque des pesticides chimiques, réduire de 20 % l’utilisation des engrais (et les pertes d’azote liées à leur application de 50 %), réduire de moitié l’utilisation des antibiotiques sur les agricoles, porter la part de l’agriculture biologique à 25% des surfaces.

Cependant, ces objectifs, dont la mise en œuvre représenterait un net progrès, doivent encore être adoptés et appropriés par les États membres. Ils ne sont pas inclus dans la PAC pour la prochaine période de mise en œuvre (2023-2027), dont la mise en œuvre est désormais largement laissée à la libre interprétation des États membres.

Ainsi, pour la période 2023-2027, chaque État doit adopter un plan stratégique national (PSN). Celui-ci, bien sûr, doit être présenté à l’exécutif bruxellois, mais sans que ce dernier ait réellement la capacité d’imposer des restrictions pour améliorer son contenu. Hormis les arguments des marchands de tapis sur la dotation budgétaire, la PAC n’a plus rien de commun.

Des agriculteurs français sans restriction

Fin mai 2021, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, a présenté le schéma du PSN français en vue de sa présentation à la Commission fin 2021 : une reconduction annoncée du régime d’aide actuel et les problèmes qu’il entretient.

Un système agroalimentaire écologiquement durable signifierait réduire de moitié la consommation de viande

Alors que la nouvelle PAC a introduit une conditionnalité verte renforcée dans un quart des aides directes (« éco-régimes »), la France a défini ses critères pour que ses agriculteurs puissent continuer à bénéficier de cette dotation sans modifier leurs pratiques ou de manière très marginale. chemin. Par exemple, le label HVE (Haute Valeur Environnementale), l’une des conditions d’accès à l’éco-schéma, n’impose pratiquement aucune contrainte aux agriculteurs. .

La fin des aides au maintien de l’agriculture biologique et son remplacement par un éco-régime (d’un montant moindre) accessible à la plupart des agriculteurs conventionnels est même un revers. Il est à craindre que cette décision décourage les producteurs de passer au bio et que l’objectif de la France (18% des surfaces en 2027, déjà en deçà de l’ambition européenne) ne soit pas atteint.

Le virage agroécologique de toute l’agriculture française est pourtant une nécessité pour sortir de la crise sociale et écologique dans laquelle elle s’enfonce. Et aussi pour adapter le système agroalimentaire aux impacts inévitables du changement climatique. Cela implique également des changements profonds dans les habitudes alimentaires. Un système agroalimentaire écologiquement durable impliquerait de diviser par deux la consommation de viande, ce qui devrait être encouragé par des politiques publiques volontaristes.

Cela nécessiterait également une révision des accords commerciaux (et un renforcement parallèle de la coopération économique entre États) pour mettre fin à la « déforestation importée ». Mais de telles politiques, qui n’auront d’ailleurs qu’un effet à long terme, ne peuvent empêcher, au niveau national et à court terme, une révision profonde des aides publiques à l’agriculture, pour récompenser les services environnementaux rendus (agriculture biologique, plantation de haies et arbres en plein champ, entretien des marécages, etc.) et pour décourager les nuisances (pesticides, antibiotiques, engrais de synthèse, gros bétail, etc.). Ce n’est pas l’émission des favoris présidentiels.

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