Crosscall : “La délocalisation pourrait faire baisser le coût de production”

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Nouveaux messages : pourquoi ? appel croiséfondée en 2009 par Cyrille Vidalspécialisée dans la conception et la commercialisation de téléphones tout-terrain, et basée sur la zone d’activité d’Aix-en-Provence, a décidé de délocaliser sa production en France ?
Fabrice Panzani : Nous avions entamé cette réflexion avant la crise sanitaire. Cela a cristallisé les difficultés de production en Asie, ce qui a accéléré notre décision de délocaliser certains segments de notre activité. Notre entreprise est française et engagée dans les enjeux de responsabilité sociale et environnementale.
Sur le plan économique, produire en Asie est devenu moins simple. Entre 2005 et 2016, le revenu moyen d’un ouvrier industriel chinois est passé de 1,2 $ à 3,6 $ de l’heure. On n’est donc pas très loin de celle d’un ouvrier portugais. Sachant qu’en Europe nous aurons une chaîne plus automatisée qu’en Asie, nous devons nous orienter. En Asie, il y a vingt ou trente opérateurs dans une chaîne. Ici, sept ou huit qui suivront toute la chaîne et accompagneront l’automatisation. Avec la délocalisation, nous aurons donc une meilleure maîtrise des coûts de production tout en améliorant notre chaîne de valeur.

Outre la main-d’œuvre, quels autres coûts pèsent sur la production en Chine ?
Il y a aussi la crise de l’énergie. Pour faire fonctionner la machinerie industrielle, l’État chinois a autorisé l’achat de charbon aux Russes qui en ont profité pour augmenter les prix : en 2021, le charbon a augmenté de plus de 75 %, avec pour impact une hausse de 20 % du coût de l’électricité en Chine. Comme nous travaillons avec des partenaires chinois, cette augmentation affecte leurs coûts de production et donc les nôtres.
La question du fret n’est pas moins importante. Les batteries sont difficiles à transporter par voie aérienne, une grande partie de la cargaison est donc acheminée par bateau. Depuis le début de la crise sanitaire, le coût des conteneurs a été multiplié par dix. Et il ne s’agit pas de reculer. Diverses entreprises de logistique et de fret, dont certaines ne sont pas loin d’ici, en profitent pour des profits exponentiels, mais cela étouffe d’autres industriels français.
Autre point important, la crise des semi-conducteurs a fait exploser le coût de certains composants d’un téléphone. Selon l’indice PPI [Indice des prix à la production, référence gouvernementale et européenne unique, NDLR],le coût des biens d’usine en Chine a augmenté de 10,7% en un an.

La délocalisation pourrait-elle alors devenir un atout ?
Les conditions sont réunies pour penser une délocalisation avec un modèle économique viable. Parmi les avantages, celui de nous permettre, notamment en termes de recherche et développement, de mieux contrôler la qualité de nos produits, notre capacité à faire progresser l’éco-conception et d’avoir une usine de production proche du site de conception pour réaliser des améliorations.

Quelle est votre heure ?
Nous n’allons pas tout faire d’un coup. Nous avons déjà commencé avec le développement d’un laboratoire de R&D qui s’occupe de tout, de la conception au prototypage et qui nous permettra de mieux réfléchir et de développer des innovations. Grâce au plan France Relance, nous avons obtenu 800 000 € pour couvrir des investissements sur un budget global de 4,6 M€.
La deuxième brique est le loyer du bâtiment de 2 350 mdeuxsitué devant notre siège social, où nous allons installer une unité de production d’accessoires qui constituent une partie très importante de notre écosystème.
Nous allons également développer une nouvelle activité, celle du reconditionnement de nos produits en collaboration avec Corde, un réparateur français. Nous serons la seule marque de téléphones à renouveler ses produits et ils seront renouvelés en France sur la base d’un référentiel technique qui garantira qu’ils auront toujours les promesses de la marque et répondront à nos standards : durabilité, étanchéité et robustesse.
Enfin, d’ici 2025, notre objectif est de commencer à assembler nos premiers smartphones à Aix-en-Provence. Nous discutons avec des entreprises de dimension internationale pour obtenir un maximum de composants de fabrication européenne, même si nous savons qu’en l’état, il n’est pas encore possible de fabriquer un téléphone 100% européen.

Quel est le retour attendu ?
A ce stade, en incluant les investissements déjà réalisés pour le laboratoire, nous estimons qu’il coûtera au total entre 10 et 15 millions d’euros. Ainsi, il faudra recruter, jusqu’à une centaine de personnes à terme. Certains ingénieurs ont déjà été embauchés au moment du développement du laboratoire.
La vocation d’une entreprise est d’être rentable. Avant la crise, le coût de production en Allemagne, avec des unités automatisées, était de 5 % supérieur à celui de Shenzhen (Chine). Nous devrions avoir des coûts sous contrôle, ce qui nous permettra de générer des marges bénéficiaires comme celles que nous réalisions en Chine. On peut penser que si certaines tendances se maintiennent en Chine, la délocalisation pourrait même faire baisser le coût de production.

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