Ecoproduction : comment le cinéma s’adapte aux problèmes climatiques

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L’industrie de la production audiovisuelle, dont les tournages laissent une forte empreinte environnementale, se met au vert et s’engage pour un cinéma plus responsable. Trois acteurs de l’éco-production en France nous parlent des enjeux de la filière.

En juin 2021, le Centre National du Cinéma et de l’Image Animée (CNC) annoncé la mise en place d’un plan d’action »pour une politique publique de transition écologique et énergétique dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel et de l’image animéeDans cette dynamique, l’éco-production vise à repenser chaque étape de la production cinématographique pour la rendre plus responsable. Les producteurs cherchent à intégrer le film dans l’économie circulaire locale et à limiter au maximum son impact environnemental.

L’éco-production consiste à mettre le vivant au centre du processus de réalisation d’un filma défini Alissa Aubenque, directrice des opérations d’Ecoprod, une association créée en 2009 par des organismes comme l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et France Télévisions dans le but de sensibiliser la filière aux enjeux environnementaux.

Le CNC imposera un bilan carbone pour chaque production d’ici 2023

Une année de production cinématographique pollue jusqu’à 820 000 vols Paris-New York. C’est pourquoi l’association Ecoprod s’est donné pour mission de sensibiliser le secteur audiovisuel à son impact environnemental. Elle publie des études sur la contamination des cinéma français et ses conséquences et dispense une formation aux savoir-faire et savoir-être sur le plateau. Pour Alissa Aubenque, «il faut apprendre à faire un film avec moins, trouver des solutions alternativess”. On se souvient de la scène d’ouverture d’Apocalypse Now où une forêt se transforme en fumée, sans effets spéciaux, grâce à 4 500 litres d’essence et de vrais arbres. Aujourd’hui, de telles pratiques sont impensables. Les consciences s’éveillent et l’éco-production devient même dans un avantage concurrentiel Pour Charles Gachet-Dieuzeid, co-fondateur de Secoya, société spécialisée dans la stratégie et l’accompagnement des productions responsables, « ce sont les sociétés de production les plus engagées qui remportent les contrats, une production qui ne se remet pas en cause se retrouvera rapidement en marge”.

Ces organismes développent des outils pour accompagner les films avant et pendant la production. L’Union européenne a notamment demandé à Secoya de réaliser un audit des outils d’estimation carbone dans cinq pays européens. Ils ont ensuite développé SECO2, un outil d’estimation carbone pour les productions audiovisuelles. Présenté à l’ADEME en 2021, SECO2 permet d’estimer l’impact CO2 d’un film dans le but de développer une stratégie bas carbone. Efficace, cet outil doit encore être généralisé dans le secteur. D’autant que le CNC imposera un bilan carbone pour chaque production d’ici 2023.

Repenser la façon dont nous produisons un film

Sur le terrain, une production peut fonctionner avec sept leviers principaux. Parmi eux, la nourriture. ” Nous sommes une force motrice pour trouver des partenariats avec des fournisseurs bio et faire travailler les locaux “, précise Pascal Guerrin, directeur général de Bonne Pioche, société de production cinématographique et documentaire engagée. Il est donc important de faire des achats responsables comme les costumes et les décors pour d’occasion. Les équipes doivent également mettre en place une politique de gestion des déchets sur le plateau. Pour cela, Secoya propose des plans clés en main de gestion et de valorisation des déchets. Comme on l’a vu plus haut, le bilan carbone devient également incontournable, permettant, d’une part, d’adapter la consommation d’énergie et, d’autre part, d’optimiser les déplacements et les moyens de transport. Enfin, une société de production doit sensibiliser et impliquer ses équipes par une bonne communication sur les actions menées.

Pour accompagner cette transition, Secoya forme des « éco-managers » qui accompagnent les entreprises de production en amont et sur le terrain. Selon Pascal Guerrin, qui a déjà un éco-responsable dans chaque production, « Dans 5 ans, faire intervenir un éco-responsable bien avant un tournage sera un réflexe, un tournage laisse une telle empreinte carbone que ce n’est plus une option “En parallèle, l’association Ecoprod travaille au niveau national pour mettre en place un label officiel de production éco-responsable.” Travailler avec une société de production ou de post-production avec un label éco-responsable ferait vraiment la différence. Le CNC offre déjà une prime de présence de 15% en cas de parité dans les équipes de production, on pourrait bien imaginer une prime à l’éco-production, incitative et virtuose», suggère le directeur de Bonne Pioche. Depuis avril 2022, Secoya propose aux productions un outil numérique innovant, Secoset, qui permet la gestion de la RSE des productions. Avec à la clé, un certificat « Production Responsable » qui valorise l’engagement de la production.

“Il faut utiliser le pouvoir fédérateur du cinéma pour changer les mentalités”

Au-delà de la production, un film sert aussi à véhiculer des messages. La responsabilité d’un producteur est alors de choisir les bons. “Nous misons beaucoup sur une ligne éditoriale engagée et captivante. Notre film La Marche de l’Empereur, par exemple, a beaucoup sensibilisé à la vie sauvage.“, précise Pascal Guerrin. Plus qu’un éco-filmage, il prône une production responsable qui repense tous les aspects du cinéma: “il faut faire bouger les choses sur le terrain mais aussi avec des histoires inspirantes, utiliser le pouvoir fédérateur du cinéma pour changer les mentalitésoui.”

En 2019, plus de 250 personnalités du secteur cinématographique se sont mobilisées pour appeler le septième art à agir face à l’urgence climatique. Depuis 2021, le Festival de Cannes propose une sélection officielle de films sur l’environnement dans sa section “Cinéma pour le climat”. Le filmMarcher sur l’eaud’Aïssa Maïga produit par Bonne Pioche a été présenté sur la Croisette en 2021 dans cette section aux côtés d’autres films tels queAnimalpar Cyril Dion etplus grand que nousde Flore Vasseur.

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