En Pays de la Loire, la filière bois prépare son entrée dans l’industrie 4.0

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C’était le 2 octobre 2009, à Olonne-sur-Mer en Vendée. La région Pays de la Loire a inauguré le lycée Eric Tabarly, premier établissement répondant à la norme Haute Qualité Environnementale (HQE). Et le premier lycée construit en bois. ” Depuis, une dizaine d’autres ont adopté ce matériau, jusqu’au lycée de Nort-sur-Erdre (44), couronné du prix régional de la construction bois 2021 pour sa démarche environnementale globale qui intègre l’économie circulaire.explique Nicolas Visier, délégué général de l’association Fibois Pays de la Loire (anciennement Atlanbois), créée il y a trente-deux ans pour accompagner l’émergence et le développement d’une filière bois en Pays de la Loire.

Quelles que soient les couleurs politiques à la tête de la collectivité régionale, cet écosystème a toujours bénéficié d’appuis bienveillants. Jusqu’à récemment, quand Antoine d’Amécourt, vice-président d’Atlanbois et président du Conseil national des propriétaires forestiers, a été élu sur la liste de Christelle Morançais aux dernières élections régionales. Une place de choix pour diffuser “le discours de la forêt et du bois”. « Le bois n’a pas l’air politique. Il presse pour tout le monde et était dans toutes les émissions du parti”observe Nicholas Visor.

“La forêt est comme le jambon…”

Et pourtant, avec 390 000 hectares de forêts (12 % de la superficie régionale et 11 % des forêts françaises), les Pays de la Loire sont loin de figurer sur la liste des régions les plus boisées. L’une de ses particularités est d’être détenue à 92% par des privés (75% au niveau national). Cela rend son entretien et sa rénovation peut-être plus complexes que dans d’autres endroits. Par ailleurs, à la rentrée, le Fibois Pays de la Loire lancera une plateforme Internet où seront présentés tous les dispositifs d’aide au renouvellement et à la replantation de la forêt. « Il y a plusieurs façons de le faire, avec l’ONF, avec des propriétaires privés, avec des entreprises spécialisées, avec des coopératives… Tous les moyens sont bons pour attirer l’attention… et les investissements dans la forêt et dans la production de bois pour réduire les importations »Nicolas Visier y croit.

« La forêt est compliquée. C’est comme le jambon, tout le monde aime ça mais personne ne veut tuer le cochon”compare Jean-Etienne Rime, président de Fransylva Pays de la Loire, la fédération des syndicats forestiers privés de France, qui s’implique dans la formation des propriétaires forestiers, au nombre de 143 000 en Pays de la Loire. « Notre grande idée est de leur dire que vous n’êtes pas seulement le propriétaire, vous êtes responsable de sortir de la forêt et de perpétuer la forêt. C’est le problème majeur. Il s’agit donc de proposer une forêt diversifiée. Il y a une vraie prise de conscience et de nombreux plans de gestion sont en place en Pays de la Loire. L’autre gros enjeu, c’est de donner du bois à la filière court-circuit »dit-il

Un territoire ancré dans la transformation

“Parce qu’ici on est dans une région de transformation du bois”, précise le délégué général de Fibois Pays de la Loire. Du début à la fin de la filière, la filière compte plus de 7 000 établissements, emploie plus de 31 000 salariés et compte une quarantaine d’établissements de formation allant du CAP à l’ingénieur, dont notamment l’Ecole Supérieure du Bois. Elle vient d’investir un million d’euros pour s’équiper de six nouvelles machines et permettre à ses étudiants d’entrer dans l’ère de l’industrie 4.0, dans un secteur qui occupe une place prépondérante dans l’industrie française, avec quelques grands noms comme Piveteaubois, la menuiserie mixte Minco ou le spécialiste du contreplaqué Drouin. Pourquoi une activité de transformation du bois s’est-elle développée dans une zone peu boisée ?

“C’est le fruit de l’histoire”, Rapports de Nicolas Visier. Les racines de ce secteur remontent au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec le développement d’entreprises manufacturières en Vendée, au sud de la Loire-Atlantique et à l’ouest du Maine-et-Loire. Certains sont allés dans l’habillement, d’autres dans l’ameublement… et les scieries qui s’approvisionnent principalement dans un rayon de 350 kilomètres. “Cette histoire en particulier a créé le visage de l’interprofession régionale”résume le délégué général de Fibois Pays de la Loire où le territoire recense désormais plus d’un millier de constructions en bois.

La construction est également devenue le premier marché pour une profession considérée comme naissante en matière de sensibilisation au climat… jusqu’à ce que la pandémie mondiale n’accélère les choses. Il y a dix ans, la mise en place de la norme RT2012 a incité les constructeurs à construire des bâtiments moins énergivores et donc à introduire le bois. “Aujourd’hui tout le monde s’intéresse au bois”fait remarquer. « En plus de ses qualités intrinsèques, il a la capacité de stocker le CO2. A partir du moment où les entreprises se fixent une trajectoire carbone et visent à réduire leurs émissions, le bois, qui pousse tout seul, avec l’eau et le soleil, devient soudain un matériau d’origine biologique, champion mondial de l’économie circulaire. En ce sens, la filière bois a son mot à dire », il explique.

S’adapter à l’autre monde

Dans un marché bouleversé par la pandémie mondiale, face à une désynchronisation de l’offre et de la demande et à l’application au 1er janvier de la réglementation environnementale RE2020 dans les bâtiments neufs, les approvisionnements ont été compliqués. Certains prix montent, d’autres explosent… Pénurie ou légère surchauffe ? “Comme toutes les turbulences, ça passera, estime Jean Piveteau, président de Piveteaubois, en Vendée. En revanche, l’engouement pour les matériaux biosourcés est une réalité mondiale. Le bois et la sylviculture sont des produits qui cochent beaucoup de cases sur la question du carbone et du réchauffement climatique. Les problèmes sociaux sont presque plus importants que l’écologie.

Entrée en vigueur le 1er janvier « La réglementation environnementale RE2020 a, cette fois, mis le bois dans la cour des grands… au pays du béton. Et pour nous le problème n’est pas l’approvisionnement mais la formation des salariés. Parce qu’on ne construit pas en bois comme en béton »explique le délégué général du Fibois Pays de la Loire où, depuis trois ans, deux cents acteurs du BTP sont venus se former aux spécificités de l’architecture, de l’ingénierie, de l’économie de projets, des bureaux d’études… « Nous les aidons à monter en compétences dans une industrie qui, comme d’autres secteurs, souffre des délocalisations. Cependant, avec la particularité que la matière première vient de chez nous. Nous avons ici une carte à jouer. Promouvoir les investissements dans les usines du futur, soutenir les programmes de replantation et les marchés… »dessine, estimant que la culture du bois est à reconstruire complètement. “Si vous parvenez à concilier les aspects environnementaux, sociaux et écologiques, vous avez une source de matières premières et d’emplois sur votre territoire à côté de votre maison”, assure.

Signe de ce changement de mentalité, l’ambition de la fédération Fransylva est de transformer les propriétaires forestiers en forestiers assumant leurs responsabilités économiques, environnementales et sociales. “Plusieurs fois la forêt est transmise par héritage, et ces nouveaux propriétaires doivent être informés des réalités d’aujourd’hui, comme la responsabilité sociale, le réchauffement climatique… Ce n’est pas ce dont on aurait parlé il y a dix ans”, reconnaît Jean-Etienne Rime. Jusqu’ici insuffisamment entretenue, la forêt ligérienne pourrait produire 50 % de bois en plus d’ici trente ans. Lancé par la région depuis 2019, un programme d’investissement prévoit la plantation de 2 millions d’arbres d’ici 2024. « Cent trente-six espèces sont utilisées pour garantir une diversité d’usages et tester le réchauffement climatique. Et évitez d’avoir tous vos œufs dans le même panier, observe Antoine d’Amécourt.

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2/4 La start-up nantaise Neosylva à côté des arbres et du patrimoine forestier

3/4 Piveteaubois Le bois transformé 100% français séduit de plus en plus d’aménageurs

4/4 En Pays de la Loire, le chauffage au bois est une alternative prometteuse