Energies en Outre-mer : “Trouver la trajectoire maximale qui préserve le climat, la sécurité énergétique, l’emploi et le prix”, Jean-François Carenco, président de la Commission de régulation de l’énergie

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Quel est votre rôle, quelles sont les missions de cette commission ?

Notre rôle est de protéger le consommateur : dans les prix, la sécurité et la qualité des approvisionnements. Il s’agit de protéger le consommateur particulier ou industriel, et de le protéger à court, moyen et long terme. Pour ce faire, nous disposons d’une série de pouvoirs réglementaires, obligatoires et législatifs et nous avons un rôle fédérateur et influent dans l’ensemble du système énergétique. Ce rôle légal et réglementaire, pour l’Outre-mer, se traduit notamment dans la fixation des tarifs et du mix énergétique au travers d’une programmation énergétique pluriannuelle.

Est-ce qu’on parle de tous les Outre-mer ou y a-t-il une différence entre les statuts ?

Oui, il y a une différence selon les statuts. D’abord, on parle de gaz et d’électricité, et je ne parle pas de la Polynésie et de la Nouvelle-Calédonie, qui ont un statut particulier et ne sont pas « France énergie ». Cela dit, nous avons un rôle particulier et spécifique puisque la CRE, par convention, a un rôle consultatif auprès des gouvernements de Polynésie et de Nouvelle-Calédonie. Nous essayons de vous aider avec vos capacités énergétiques.

Aujourd’hui, avec la guerre en Ukraine et avant avec la crise sanitaire, la question énergétique est étroitement liée à celle du pouvoir d’achat. Quelles ont été les recommandations, les moyens mis en place pour protéger les consommateurs ?

Tout d’abord, nous devons clarifier quelque chose que les gens ne savent pas nécessairement. Outre-mer, il existe un premier sceau de la République française appelé péréquation tarifaire. Tous les territoires français d’outre-mer, à l’exception de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie, bénéficient désormais de la péréquation tarifaire. Autrement dit, quand on est à Saül, en Guyane, au milieu de la jungle équatoriale, ou à Saint Pierre et Miquelon, on paye le même prix que si on habitait à Paris, alors qu’outre-mer le prix de production est plus élevé. C’est l’honneur de la République.

Quand je suis arrivé à la présidence de la CRE, trois territoires n’en bénéficiaient pas. Je m’associe, accroché à cette tâche pour que Wallis et Futuna, Saint-Barthélemy et Saint-Martin bénéficient de cette péréquation. Pour Saint-Martin, tout est prêt, il suffit au nouveau président de la Collectivité Territoriale d’agir sur le document. C’est avant tout les DOM-TOM, c’est avant tout la CRE : garantir partout cette égalité.

Usine de Moule, alimentée en bagasse, qui alimente en énergie la sucrerie de Gardel (Albioma)

Quant à la crise, il y a d’abord eu une augmentation des prix de l’électricité. La CRE a fait campagne, avec d’autres élus, pour que le gouvernement décide de geler les prix à 2 % en 2021, puis à 4 % en 2022. Tous ceux qui vous diront qu’il y a une hausse des prix pour les consommateurs sont des menteurs. Elle est de 4 % pour tout le monde, y compris les DOM car la CRE a milité pour que cette mesure soit également appliquée dans les DOM. Quant au gaz, c’est un peu plus compliqué, car il est importé de partout. Mais là aussi, à notre demande, le gouvernement a gelé le prix du gaz jusqu’à fin 2022. Il faut absolument imaginer que le prix de l’électricité ne soit pas égalisé. La Grèce, par exemple, a pris 60% d’un coup.

Il y a aussi la crise écologique, la CRE évalue, avec les Collectivités, quel mix énergétique utiliser pour faire face à cette crise.

Précisément dans ce mix énergétique, le développement des énergies renouvelables produites localement serait-il une bonne solution pour que les Outre-mer, dépendants du fioul, puissent faire face à ce type de crise à l’avenir ?

La situation des territoires français d’outre-mer vis-à-vis du fioul est valable pour toutes les îles du monde. Par exemple, nous avons demandé une étude sur ce qui se passe dans la ZNI, des zones non interconnectées comme les îles Salomon, Hawaï, les îles du Danemark, l’Italie… Partout, la chose dominante est “trop ​​sale”. Le changement est donc évident et les Outre-mer ont la chance que le changement ne leur coûte rien : la CRE met en place ce qu’on appelle la CSPE (Contribution au Service Public de l’Energie) qui absorbe tout cela.

Nous devons nous demander où allons-nous? Il existe plusieurs façons de changer. Aller d’abord vers le décarboné, puis aller vers une certaine indépendance ou autonomie énergétique. Troisièmement, il y a une chose qu’il ne faut pas oublier dans les Outre-mer, c’est l’emploi. Ce sont donc des équilibres qu’il faut trouver.

Je prends l’exemple de l’usine bagasse-charbon de Gardel au Moule en Guadeloupe, plus précisément trois usines qui fonctionnent avec trois mécanismes de production. Concernant le premier, il s’agit de la bagasse-RSE. Pour le second, ça s’est arrêté. Le troisième, qui sert des besoins différents, on accepte qu’il continue à faire du fioul, ou plutôt du bioliquide, car c’est aussi de l’emploi sur l’île, de l’emploi sur la commune du Moule. Si on met du solaire partout, il y a deux inconvénients : premièrement, il n’y a pas d’emplois solaires, et deuxièmement, c’est intermittent. Il n’y a pas de base qui assure la stabilité et la sécurité. Pour produire 20 MWh d’énergie solaire en Guyane, sûre et garantie à 100%, il faut 200 MWh de production et du foncier.

Ce que je combats, c’est la simplicité des choses. Las cosas, los objetivos son fáciles de enunciar, pero el camino es una suma de contradicciones y la CRE está para discutir con todos para intentar en este mundo de contradicciones, encontrar el camino cumbre que preserve el clima, la seguridad energética, el empleo y le prix. Nous naviguons en permanence entre ces quatre prérequis, et le modèle énergétique idéal n’existe pas.

On parle beaucoup de maîtrise de l’énergie, et notamment de la consommation, pour faire face à la hausse des prix. Que peut-on faire à l’étranger sur ce sujet ? Comment maîtriser l’énergie à l’étranger ?

Dans tous les territoires, la CRE a imposé et facilité des financements à hauteur de 500 millions sur une durée de cinq ans afin que l’on puisse définir des mesures de réduction des consommations, au sein des Comités de Maîtrise de l’Energie (MDE) qui réunissent les réseaux EDF, les élus, l’Etat et les associations. Un exemple simple est la modification des tarifs sur les produits trop consommateurs d’énergie pour avoir des quotas plus élevés sur les ampoules d’hier que sur les LED. L’autre exemple est le développement des véhicules électriques, un vrai problème à l’étranger depuis la France où on ne peut pas les développer par intermittence, il faudra une petite base de stockage. Le stockage est compliqué à l’étranger. Alors partout, on a mis en place des commissions MDE qui proposent aux élus et à la population des moyens de réduire un peu leur consommation d’énergie.

Vous parliez de sommes de contradiction, y a-t-il un exemple, un territoire qui arrive à les intégrer dans son mix énergétique ?

Tous les territoires sont des exemples où nous avançons à des vitesses différentes car nous ne parlons pas partout de la même solution. Il y a probablement une île en Polynésie où l’énergie est produite avec de l’huile de coco et un peu d’énergie solaire. C’est bien, ce n’est pas jouable partout.

Il y a une question qu’il faut garder à l’esprit : il faut maintenant faire ce qu’on appelle la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), avec l’État, les élus, le gestionnaire de réseau, c’est-à-dire le garant de l’équilibre, la celui qui s’assure qu’à tout moment, la demande d’énergie électrique est égale à l’offre d’énergie électrique. Mon souci est que pour des raisons diverses et variées, selon les territoires, les élections et la politique locale, nous sommes en retard. Mais tout le monde doit avancer et nous devons travailler ensemble sur un plan énergétique pluriannuel.

Il y a un autre problème, ce sont les lacunes. Il y a des endroits où il n’y a rien. Vous avez des Français, comme vous et moi, mais qui n’ont pas accès à l’énergie. Je pense aux tribus de Guyane ou aux îles lointaines de Polynésie. L’objectif est d’apporter de l’électricité à chaque tribu, à chaque île, et si possible de l’électricité décarbonée. C’est notre objectif, et c’est ce que la République apporte à l’étranger. La CRE n’étant qu’un élément du système.

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