Le bioéthanol, une alternative moins chère mais pas si écologique

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publié le mercredi 13 avril 2022 à 23h23

Face à une inflation record et afin de faire baisser les prix dans les stations-service, le président américain Joe Biden a annoncé cette semaine la levée des restrictions sur l’E15, un carburant qui incorpore 15 % d’éthanol, ainsi que des investissements dans les biocarburants.

Mais ces décisions sont loin de ravir les experts qui ont étudié l’impact de l’éthanol sur l’environnement.

– Qu’est-ce que l’éthanol ? –

L’éthanol est présent dans tous les carburants dans des proportions différentes.

L’essence la plus vendue aux États-Unis aujourd’hui contient environ 10 % d’éthanol (E10).

Il existe deux types d’éthanol : synthétique, dérivé du pétrole, et biologique, le bioéthanol, fabriqué à partir de blé, de betterave à sucre ou encore de maïs, comme c’est principalement le cas aux États-Unis.

Les voitures construites après 2001 peuvent utiliser l’E15, selon le gouvernement américain

Mais le E15 est loin d’être largement disponible. Il n’est distribué que dans 30 États sur 50, par 2 300 stations.

– Qu’est-ce que Biden a annoncé? –

Joe Biden a annoncé mardi depuis l’Etat rural de l’Iowa que l’Environmental Protection Agency (EPA) allait lever d’urgence une restriction qui interdisait la vente d’E15 en été (entre le 1er juin et le 15 septembre). Une restriction initialement mise en place par souci de pollution de l’air, qui peut être particulièrement problématique en été.

En 2018, l’ancien président Donald Trump a également voulu lever cette restriction, afin d’apaiser les agriculteurs en pleine guerre commerciale avec la Chine. Mais une décision judiciaire a finalement abrogé cette mesure.

Selon la Maison Blanche actuelle, aux prix d’aujourd’hui, le E15 peut économiser en moyenne 10 cents par gallon d’essence (4,5 litres).

– Conséquences liées aux cultures –

Évaluer l’impact environnemental du bioéthanol nécessite d’inclure les émissions de gaz à effet de serre liées aux cultures nécessaires à sa production.

Et “le bilan carbone de l’éthanol par rapport à l’essence n’est pas aussi bon qu’on le pensait initialement”, a déclaré à l’AFP Tyler Lark, un scientifique de l’université du Wisconsin-Madison.

En 2005, le « Renewable Fuel Standard » établit qu’un volume croissant de biocarburant destiné au transport est vendu aux États-Unis. Une loi a encore été élargie en 2007.

Résultat : 2,8 millions d’hectares supplémentaires de maïs ont poussé entre 2008 et 2016, selon une étude publiée en février dans la revue PNAS.

Mais selon M. Lark, son auteur principal, les conséquences de la conversion des terres à la culture du maïs ont été sous-estimées à l’époque.

“En faisant cela, vous labourez des terres qui pourraient potentiellement piéger le dioxyde de carbone”, qui est rejeté dans l’atmosphère, explique-t-il.

De plus, certains des engrais utilisés pour faire pousser le maïs émettent de l’oxyde nitreux (N2O), un gaz à effet de serre très puissant.

Ainsi, les émissions de gaz à effet de serre liées à l’essence ou à l’éthanol sont finalement comparables, conclut l’étude.

Autres conséquences énumérées par les experts du développement de ces cultures : la contamination des eaux par les engrais, ou encore la destruction des habitats sauvages.

– Conséquences sur le pot d’échappement –

Une fois dans le réservoir, le bioéthanol émet moins de CO2 par litre que les carburants traditionnels, mais il en faut plus.

De plus, “elle produit de l’acétaldéhyde et du formaldéhyde, qui sont cancérigènes, et deux des cinq plus gros producteurs d’ozone lors du brouillard photochimique”, qui sont produits principalement en ville en été, explique à l’AFP Mark Jacobson, professeur à l’université de Stanford. . .

“Et l’ozone représente un danger important pour la santé, provoquant des problèmes au niveau des bronches, des maladies respiratoires, de l’asthme”, énumère-t-il. Selon lui, l’essence et le bioéthanol sont “horribles”.

L’éthanol est “mauvais à la fois pour le climat et pour la pollution de l’air, et y consacrer de l’argent enlève de vraies solutions” comme la voiture électrique, conclut Mark Jacobson.

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