Le déficit commercial, grande faiblesse de l’économie française

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Bien que le déficit commercial tricolore ait atteint un niveau sans précédent, le gouvernement mise sur la baisse des impôts sur la production et la réindustrialisation pour inverser la tendance. Mais les produits fabriqués en France devront aussi se revaloriser pour pouvoir mieux les exporter.

De l’aveu même de Bruno Le Maire, c’est « le point aveugle de la politique économique française ». Depuis plusieurs années, le commerce extérieur français va mal. Selon les derniers chiffres des douanes, le déficit du commerce des marchandises – lorsque les importations dépassent les exportations – s’est encore creusé pour atteindre 9 milliards d’euros en novembre 2021, soit “le solde mensuel le plus bas jamais enregistré”.

Le constat est sans appel : en novembre, le déficit cumulé sur 12 mois s’élevait à 77,6 milliards d’euros. Là encore, c’est 2,6 milliards d’euros de plus que le déficit annuel record enregistré en 2011. Sur la période, les importations françaises ont atteint le montant historique de 52,5 milliards d’euros. Quant à l’année 2022, ce même déficit de la balance commerciale devrait approcher les 100 milliards selon les estimations, à 95 milliards d’euros.

désindustrialisation

Dire que la situation du commerce extérieur français est préoccupante est un euphémisme. D’autant que Bruno Le Maire lui-même considère que “la puissance d’une nation se mesure au commerce extérieur”. Il est vrai que les chiffres records enregistrés en novembre s’expliquent par des circonstances particulières : la hausse des prix de l’énergie et des matières premières, conjuguée à un fort rebond de la consommation intérieure dans un contexte de reprise post-Covid, ont largement contribué à la forte croissance des importations. Pour autant, les difficultés du commerce extérieur français ne sont pas nouvelles. Au moins, ils remontent à vingt ans.

Si nos exportations ont augmenté de 54 % entre 2001 et 2019, la hausse est de 76 % en Italie, 108 % en Allemagne et 133 % en Espagne, trois pays voisins qui ont une balance commerciale excédentaire. Dans le même temps, le niveau des importations s’est envolé en France, où la production nationale est loin de pouvoir satisfaire la consommation intérieure, principal moteur de la croissance française.

Si la France a stagné sur ce point, c’est en partie parce qu’elle a laissé son tissu industriel se désagréger progressivement pour devenir une économie basée essentiellement sur les services. Dans les années 1980, le secteur secondaire représentait 23 % du PIB. Son poids n’est aujourd’hui que de 12 % et même de 10 % si l’on ne tient compte que de l’industrie manufacturière.

Dans le cadre du plan de relance et du plan d’investissement “France 2030”, le Gouvernement a annoncé ces derniers mois une série de mesures et le déblocage de plusieurs milliards d’euros en faveur de la réindustrialisation. Mais le processus sera long. En décembre dernier, le haut-commissaire au Plan, François Bayrou, avait également prôné le rapatriement en France de la production de certains biens désormais importés. Au préalable, elle dresse une liste de 50 produits pour lesquels elle souhaite engager une réflexion avec les secteurs concernés.

Compétitivité-coût

L’amorce d’un processus de réindustrialisation, si elle se confirmait, permettrait de réduire la dépendance de la France vis-à-vis de l’étranger et, par conséquent, de limiter les importations. Elle pourrait également stimuler les exportations, à condition de produire des biens compétitifs. Car aujourd’hui, hormis quelques secteurs excédentaires comme le luxe, l’agroalimentaire ou l’aéronautique, les produits made in France s’exportent très mal.

Les biens produits en France sont souvent jugés trop chers par rapport à leur qualité. Une formule bien connue veut que la France exporte des biens espagnols aux prix allemands. C’est pourquoi ces dernières années plusieurs mesures ont été prises pour améliorer la compétitivité-coût des entreprises françaises avec diverses réductions de redevances (CICE, Pacte de responsabilité, etc.) accordées.

Plus récemment, le gouvernement a décidé de réduire les taxes à la production de 10 milliards d’euros. Depuis, plusieurs candidats à l’élection présidentielle ont également promis de réduire ces impôts jugés injustes pour renforcer la compétitivité des entreprises. C’est le cas de Valérie Pécresse, mais aussi de Marine Le Pen et Eric Zemmour.

La baisse des impôts sur la production, une mesure “nécessaire mais pas suffisante”

Mais la baisse des impôts sur la production est-elle vraiment efficace pour rééquilibrer la balance commerciale française ? Tout dépend, selon Emmanuel Combe, économiste et vice-président de l’Autorité de la concurrence : “La baisse des coûts de production est une condition nécessaire mais pas suffisante pour être compétitif”, a-t-il expliqué dans BFM Business.

Et ce n’est pas pour rien, la compétitivité d’un pays et sa capacité d’exportation ne reposent pas seulement sur le prix de ses produits mais aussi sur leur qualité, sur le niveau d’innovation qu’ils contiennent. Pour Emmanuel Combe, les entreprises françaises devront profiter de la baisse des taxes de production pour faire monter leurs produits afin de se différencier :

“Si on regarde les secteurs qui marchent – l’aéronautique, l’agroalimentaire et le luxe – sur quoi se base-t-il ? La compétitivité pas le prix. (…) Il ne faut pas en déduire qu’il faut baisser les coûts pour gagner en compétitivité-coût. Non , c’est “baissons les coûts pour investir davantage dans l’éducation, la R&D, la qualité pour développer notre compétitivité pas le prix. Nous savons, c’est ce qui fonctionne. Attention à ne pas dire la moitié de l’histoire”, souligne Emmanuel Combe.

Selon lui, l’enjeu est moins de baisser les coûts pour faire baisser les prix des produits que d’augmenter leur qualité. « Au final, ce qui compte, ce n’est pas le prix de vente de votre produit, c’est le rapport qualité-prix », insiste-t-il. POUR Sondage Rexcode publié en mars 2021 Elle a également montré que la France avait baissé les prix de certains de ses produits ces dernières années, mais que la qualité de ceux-ci s’était encore détériorée. En conséquence, ces produits ont finalement vu leur rapport qualité-prix baisser, les rendant moins attractifs à l’exportation.

“Inverser une tendance de 30 ans”

Pour Bruno Le Maire, il faudra dix ans pour réduire le déficit commercial de la France. “Il s’agit d’inverser une tendance de 30 ans”, a insisté le ministre de l’Economie début janvier, tout en fustigant dans le même temps les délocalisations dues “à la politique budgétaire, à la politique économique” des gouvernements jusqu’en 2017.

“Les grands groupes industriels ont conservé leur siège en France mais ont déplacé leurs filiales et leurs emplois à l’étranger”, a-t-il expliqué. « 62 % des emplois industriels de ces grands groupes français sont à l’étranger. En Allemagne c’est 38%, en Italie c’est 26%”, a précisé le ministre. Pour inverser la tendance, le locataire de Bercy s’est dit favorable à de nouvelles baisses des taxes de production en cas d’Emmanuel Macron pour un second quinquennat, ainsi qu’à une baisse des charges sociales sur les salaires supérieurs à 2,5 Smic. :

“Cuando miro a un ingeniero, puede costar hasta tres veces más en Francia que en Alemania porque hemos eliminado el tope de las cotizaciones a la seguridad social”, dijo, y dijo que “quiero luchar por la reindustrialización francesa poniendo la realidad de la problemas sur la table”.

Bruno Le Maire a également dit vouloir agir avec les industriels sur la politique de formation, notamment les centres de formation d’apprentis (CFA), pour pallier le manque de compétences sur le territoire français. “L’industrie doit retrouver son éclat, son prestige, la rendre désirable”, s’est exclamé le ministre.

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