le dilemme des champions français de l’énergie présents en Russie

0
30

Publié dans :

Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a fait du retrait de la Russie de TotalEnergie et Engie une “question de principe” mardi, alors que la guerre en Ukraine se poursuit. Il faut dire que depuis la décision de BP et Shell de quitter le pays, tous les regards sont tournés vers les champions économiques français qui sont parmi les plus investis.

Allez, restons. C’est apparemment la position de plusieurs grands groupes français comme TotalEnergie et Engie, qui ont des activités en Russie. Une position qui contraste avec celle adoptée par plusieurs de ses concurrents anglo-saxons qui ont décidé de quitter le pays après la début de l’invasion russe de l’Ukraine.

La situation commence même à embarrasser le gouvernement. C’est ce qu’a demandé ouvertement le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, aux fleurons de l’énergie français mardi 1est mars, de cesser ses activités en Russie. “Je pense qu’il y a maintenant un problème de principe à travailler avec n’importe quelle personnalité politique ou économique proche du pouvoir russe”, Le patron de Bercy a déclaré sur franceinfo.

L’exemple de BP et Shell

Ce dilemme devra être abordé lors de la réunion des secteurs touchés par la guerre en Ukraine au ministère de l’Économie et des Finances, le mercredi 2 mars. Pour autant, Bercy s’est abstenu de citer le secteur de l’énergie dans votre communiqué de presse, se référant uniquement à l’automobile, aux mines et métallurgie, à l’industrie alimentaire et, plus généralement, à “tous les secteurs industriels”. Contacté par France 24, le ministère n’a pas précisé si Bruno Le Maire avait eu l’occasion d’évoquer ce sujet très sensible lors d’une réunion séparée.

Il faut dire que les groupes pétroliers et gaziers internationaux opérant en Russie se sont retrouvés dans une situation délicate suite aux annonces scandaleuses en début de semaine du BP, Shell et le groupe pétrolier norvégien Equinor pour protester contre l’agression militaire russe.

C’est surtout la décision de BP qui a le plus changé la donne. Le géant néerlando-britannique était le groupe pétrolier le plus exposé, selon la banque d’investissement Jefferies. Il a décidé de vendre la participation de près de 20% dans le géant pétrolier russe Rosneft qu’il détenait depuis 2013 et de se retirer des trois projets pétroliers en Russie auxquels BP était associé.

Une élection qui devrait lui coûter près de 25 milliards de dollars de revenus en moins pour le premier trimestre, selon le Financial Times. “Ce que BP a fait met tous ses concurrents sous pression”, confirme Christyan Malek, responsable des affaires énergétiques à la banque JP Morgan. interviewé par le Financial Times.

A commencer par TotalEnergie, devenu aujourd’hui le groupe pétrolier le plus investi en Russie, fournissant environ 17% de sa production annuelle de pétrole et de gaz. Par conséquent, sa position est étroitement surveillée.

Et pour l’instant, l’équipe de France persiste et signe… Tout en lâchant du lest. Peu après l’appel de Bruno Le Maire à franceinfo, le géant français a publié une déclaration dans lequel il “condamne l’agression militaire russe” et annonce qu’il a décidé de ne plus apporter de capitaux à de “nouveaux projets en Russie”. Quant aux associations actuelles, elles sont simplement « en cours d’évaluation ». En d’autres termes : TotalEnergie ne cherche pas actuellement à imiter BP et Shell.

L’importance du gaz russe pour TotalEnergies

Rompre avec la Russie serait un choix lourd de conséquences pour la compagnie pétrolière française. Contrairement à ses concurrents, TotalEnergie a augmenté ses investissements en Russie après l’annexion de la Crimée en 2014. souviens-toi des échos.

Le pays est devenu crucial pour la branche gazière du géant français. Il détient 19,4% de Novatek, le plus grand producteur privé de gaz de Russie, assurant près de 30% de son approvisionnement.

TotalEnergie s’est également fortement appuyé sur le développement du gaz naturel liquéfié (GNL) en Russie. Elle détient 20 % du gigantesque gisement de GNL de la péninsule de Yamal en Sibérie arctique et a racheté en 2019 près de 10 % d’un autre projet très controversé appelé Arctic LNG 2. Ce programme d’exploitation de gaz liquéfié a en effet été lancé sans la participation d’aucun américain. . ou banque européenne, puisqu’elle avait été lancée après l’introduction de sanctions internationales contre la Russie en 2014.

Si Engie n’est pas aussi exposé à la Russie que Total, le groupe gazier français a des intérêts dans des projets russes particulièrement sensibles. Il a ainsi investi près d’un milliard d’euros dans le célèbre et pipeline controversé Nord Stream 2. La mise en faillite annoncée mercredi 2 mars du consortium international qui gérait ce projet a provoqué une forte chute de l’action Engie à la Bourse de Paris.

Se pose également la question de la participation du groupe français à l’exploitation du gazoduc Nord Stream 1, qui relie déjà la Russie à l’Allemagne et alimente l’Europe en gaz depuis 2012. Engie détient environ 9 % du consortium international créé. par le géant russe gazprom pour exploiter ce gazoduc.

La France, premier employeur international en Russie

Engie s’est montré encore plus discret que TotalEnergies sur la poursuite de ses activités en Russie. Le groupe n’a pas communiqué depuis les déclarations de Bruno Le Maire, et s’était limité à indiquer qu’il prenait « acte de l’évolution de la situation, par rapport aux sanctions américaines, et qu’il analyse les conséquences qui en découlent pour le groupe » . rapporte le site Usine Nouvelle.

L’embarras du secteur énergétique français est symptomatique d’une réalité plus large : les champions économiques français sont fortement présents en Russie. Au total, 35 groupes du CAC 40 sont présents en Russie. Ces entreprises ont investi environ 20 milliards d’euros en Russie en 2020, où elles emploient 200 000 personnes. “Ce qui en fait les premiers employeurs internationaux en Russie”, souligne Les Echos.

Outre Total et Engie, c’est Renault qui a le plus misé sur le pays, puisqu’il contrôle près de 30 % du marché automobile local grâce au rachat d’Avtovaz, propriétaire de la marque Lada. Le groupe Mulliez se développe en Russie depuis le début des années 2000, implantant des centaines de magasins Auchan, Leroy Merlin et Decathlon à travers le pays.

En d’autres termes, certains des plus grands champions économiques français auraient beaucoup à perdre si Moscou décidait de sanctionner les entreprises occidentales opérant en Russie. Même si Bercy veut relativiser l’exposition de l’économie française, dans son ensemble. Les échanges sont en effet limités puisque les ventes de produits français en Russie ne représentent que 1,3 % des exportations françaises.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here