les designers proposent une production sur-mesure pour lutter contre le gaspillage

0
19

Le consommateur d’aujourd’hui recherche une mode plus responsable. Si la friperie, la location et la réparation sont des voies d’accès, d’autres voies se développent, dont l’achat à la demande. jJusqu’à présent, la haute couture et la confection étaient présentes dans ce secteur, mais désormais des marques de prêt-à-porter, parfois de jeunes labels, proposent des pièces en pré-commande. Trois marques de mode et d’accessoires – Asphalte, Un Si Beau Pas et Caulaincourt – expliquent ce choix. Rencontré.

Aujourd’hui, la plupart des acteurs de la mode fonctionnent sur le même principe : fabriquer en stock, avant que les produits ne soient commercialisés via différents canaux de distribution. Ce système génère des stocks importants qui ne s’épuisent que pendant les soldes, voire après via les centres de dédouanement par exemple. Recyclage ou dons à des associations en dernier recours pour se débarrasser des invendus que certaines marques n’hésitent pas à détruire (Burberry, H&M). Bien que cette pratique soit de plus en plus dénoncée, elle reste courante chez certains marques de luxe qui n’ont pas de ventes ou de liquidations.

Ce modèle de fabrication traditionnel pose des questions sur sa durabilité environnementale car il génère des déchets, alors qu’aujourd’hui la conscience sociale et environnementale des consommateurs se développe, notamment sous la pression des plus jeunes.

La mode à la demande est donc une réponse. En effet, produire ce que le client demande, en termes de style, de tissus, de couleurs et de mesures, évite la vente de grandes quantités de vêtements et d’accessoires et donc limite le gaspillage, tout en satisfaisant le client.

Déjà en mars 2019, les experts se sont réunis lors d’une table ronde Lectra-NellyRodi intitulée La personnalisation redessine la mode ont indiqué que profiter des opportunités de la fabrication à la demande était désormais à la portée des acteurs de la mode. Pour eux, la personnalisation n’est pas une mode passagère mais un mouvement de fond et il a déjà commencé : « Le consommateur de plus en plus exigeant se laisse conquérir par la possibilité de co-créer son look », Pierre-François Le Louët soulignait à l’époquePrésidente de la Fédération Française du Prêt-à-Porter Féminin. « Il commence aussi à accepter des délais un peu plus longs pour obtenir des vêtements parfaitement adaptés à sa morphologie et à ses attentes. Enfin, elle est de plus en plus intransigeante en matière de transparence, d’éthique et de développement durable ».

Produire à la demande évite la destruction des invendus, ce qui choque le public, tout en faisant économiser aux marques et aux distributeurs une énorme remise”Sébastien Manceau, consultant au cabinet Roland Berger, l’avait également souligné. “La personnalisation a toujours existé dans la mode, mais aujourd’hui on peut l’industrialiser.”

Après la présentation du rapport Délocalisation et mode durable En janvier 2021 rassemblant des propositions pour aider à structurer un écosystème plus durable et local, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, a déclaré que « Le secteur de la mode a un fort impact environnemental. Votre modèle doit évoluer. Et ajouté: “Le rapport CSF Mode et Luxe nous donne une bonne nouvelle : les intérêts économiques et environnementaux convergent, car limiter le volume des commandes peut apporter plus de rentabilité et limiter les invendus”.

La co-création et la pré-commande sont le crédo de la marque Asphalte. D’ici là, spécialiste de la mode masculine, lance le pull femme parfait à réserver dès le 5 octobre. Co-créé avec 7 200 femmes, il a fallu six mois pour le réaliser. à cause de la marque “le principe de pré-commande est interdépendant du principe de co-création” explique Rodolphe Gardies, l’un des co-fondateurs et directeur marketing.

Chaque saison, Asphalte propose des versions mises à jour et optimisées de ses produits existants questionnaires à vos clients (note : sur le site, dans la section votre garde-robe) pour améliorer constamment votre offre. « On co-crée avec eux : on leur demande ce qu’ils veulent porter. A partir de ces spécifications, nous réalisons un prototype qui, nous l’espérons, répondra à vos problématiques. Nous nous concentrons sur quelques produits : en 5 ans, nous en avons co-créé 70 et nous sommes, par exemple, sur la 7ème version du pull homme parfait.” SSur le site, les produits ne peuvent pas être achetés immédiatement, sauf 5% de stock pour gérer les changements de taille. Le consommateur précommande, paie et Asphalte lance la production des quantités déjà achetées à ses fournisseurs, évitant ainsi tout surstock. Le client reçoit sa commande un à trois mois plus tard. “Le client doit réfléchir à son achat, le fait d’attendre l’oblige à se poser la question : en aura-t-il encore besoin dans deux mois ?” souligne Rodolphe Gardies avant de conclure : “je“L’impact environnemental d’un vêtement est amorti par le nombre de fois qu’il est utilisé”.

Et pour sensibiliser encore plus les consommateurs, Asphalte affiche la note environnementale du vêtement. Pour chaque produit, le coût en eau, C02 et énergie du processus de production est calculé »qui permet au consommateur de faire un choix éclairé », explique William Hauvette, autre co-fondateur de la marque. « Nous pensons qu’il vaut mieux avoir un chandail génial et le porter pendant des années que d’en avoir quatre mauvais qui ne durent pas six mois. Le meilleur moyen pour que la mode pollue moins, c’est de produire moins : c’est pourquoi nous incitons nos clients à acheter moins mais mieux.”

Un Si Beau Pas, marque de chaussures pour femmes, a opté pour le 100% personnalisé. Le client a le choix du cuir, du talon, de la semelle et des lacets, soit 2000 options (80 à 100 options de personnalisation par modèle). Trois semaines plus tard, vous recevez votre commande. “OhOn a tous eu cette frustration d’arriver au magasin en se disant que ce modèle est magnifique mais ma taille n’y est plus, ni la couleur que je voulais” Attention Antoine Fauqueur, le fondateur de la marque.

Nous offrons une option qu’aucun magasin ne pourrait offrir, car il serait extrêmement coûteux d’avoir toutes ces options en stock. Ce qui nous rend forts, c’est que vous avez une option XXL avec un stock XXS, car nous n’avons pas de stock, pas de matériaux gaspillés car nous ne produisons que ce qui est commandé.” ADN de marque, livraison à domicile (55% des ventes vs 35% sur place et 10% en magasin) réduit également les coûts de distribution : « Un ambassadeur prend 20 à 25 % de commission, alors qu’une boutique applique 50 %. Cela rend ce petit luxe plus accessible et partout, car avec le démarchage on a un réseau national.

“Aujourd’hui, il y a beaucoup de débats sur une production plus responsable, sociale et écologique, mais avant de recycler les matériaux, je trouve que la base serait déjà de ne pas trop produire et malheureusement dans la mode, le problème, c’est l’excès de stock. Les stocks dont nous disposons sont les kits de démonstration de nos commerciaux : en fin de saison, ils sont à vendre” précis Antoine Fauqueur encore. Un autre avantage: la création de l’entreprise en 2017, tournée vers Romans-sur-Isère, capitale européenne de la chaussure car “participer au développement économique local m’est apparu comme un devoir à une époque où les délocalisations étaient plus la norme que l’inverse…”.

Le magasin de chaussures Caulaincourt vous propose service sur commande (MTO). “Ce service les commandes spéciales de chaussures faites à la demande existent depuis le début de la création de la marque” explique son fondateur Alexis Lafont, qui, incapable de trouver lui-même ce service, l’a lancé après avoir constaté queLes “il y a très peu de maisons qui font du MTO”.

Caulaincourt propose trois types de produits : le prêt-à-porter, les chaussures dont la patine peut être personnalisée, et le MTO (cela représente 15 à 20 % de l’activité de la marque, soit 500 paires par an). Ce service sur-mesure consiste à réaliser une paire individuellement selon les spécifications du client. Il permet toutes les personnalisations – choix du cuir, assemblage, forme, tige, semelle, doublure, patine et finition – avec un surcoût de 195 euros par rapport au modèle standard. “Il faut compter au moins 8 semaines entre la commande et la réception. 8 semaines pour fabriquer un objet que vous garderez toute votre vie. C’est un terme qui, en réalité, par rapport à ce que nous livrons, est extrêmement court. Les autres maisons proposent entre 12 et 20 semaines”. Mais Alexis Lafont insiste.”si vous êtes un amateur de chaussures et que vous voulez quelque chose de très spécifique et qui vous fait rêver, vous êtes parfaitement capable d’attendre cet objet unique et fait pour vous”.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here