les réactions explosent à la lecture des scénarios RTE

0
23

Les scénarios tant attendus de RTE pour 2050 semblent déjà influencer la campagne présidentielle. Divers acteurs et personnalités politiques déplorent la faveur accordée, selon certains, à l’énergie nucléaire et le manque de précisions sur le chemin de la sobriété.

Le rapport de RTE est une bonne nouvelle climatique : la France dispose désormais d’un GPS pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. C’est le sentiment du Gouvernement, en la personne de la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, concernant les scénarios possibles du mix électrique à l’horizon 2050 présentés par RTE. Cependant, ce sentiment n’est pas partagé par la classe politique, les ONG ou les think tanks environnementaux, selon les sujets abordés.

Le nucléaire accusé de favoritisme

Le principal point de débat et surtout de discorde concerne l’avenir de l’énergie nucléaire. Parmi les scénarios de sa trajectoire prospective de référence, RTE prévoit, pour certains, la mise en service jusqu’à 14 nouveaux réacteurs de type EPR2 et plusieurs petits réacteurs modulaires (SMR) d’ici 2050. L’exploitant prévoit également d’étendre, en parallèle, l’exploitation des réacteurs actifs jusqu’à soixante ans. RTE indique que cette perspective offrirait même la la solution la plus économique, en plus d’un soutien accru aux énergies renouvelables. Pour rappel, le président de la République, Emmanuel Macron, a déjà annoncé un plan d’investissement d’un milliard d’euros pour l’énergie nucléaire dans le cadre de France 2030. Par ailleurs, le ministre de l’Ecologie a confirmé, lors d’une conférence de presse, ce mardi, Le 26 octobre, qui parlera du démarrage des nouveaux EPR (prévu à 6h) avant la fin de l’année. Cette décision sera prise à la lumière d’un nouveau rapport sur la nouvelle énergie nucléaire se terminant dans les prochains jours ou semaines, annonce le ministre.

Le gouvernement tente par tous les moyens de justifier le lancement d’un nouveau programme nucléaire

Matthieu Orphelin (EELV), porte-parole de Yannick Jadot

Ce contexte politique sert aujourd’hui de substrat à de nombreuses interrogations et interprétations, notamment celles soulevées par le champ des écologistes. Il y a une manipulation du gouvernement, de présenter les EPR comme inéluctables, qui ne prend pas en compte la maîtrise des consommations dans les scénariosdéclare Yannick Jadot, candidat d’Europa Ecologie les Verts (EELV) aux élections présidentielles de 2022, dans une interview sur le plateau de LCI. (Emmanuel Macron) fume aujourd’hui pour présenter le fiasco de l’EPR (de Flamanville), des années de retards et des milliards de surcoûts, comme un horizon enviable. Matthieu Orphelin, député EELV (Maine-et-Loire) et porte-parole de Yannick Jadot, appuie ces propos dans un communiqué : Le gouvernement tente par tous les moyens de justifier le lancement d’un nouveau programme nucléaire sur la base d’une hypothèse d’augmentation très généreuse de la consommation d’électricité d’ici 2050. [en rfrence, la trajectoire de rfrence labore par RTE et oriente pour une consommation lectrique annuelle de 645trawattheures par an d’ici 2050; NDLR]. Inexorablement nous allons consommer beaucoup plus d’électricité, donc il va falloir produire beaucoup plus et relancer le nucléaire. La corde est un peu grosse !

Je trouve honteux que Yannick Jadot parle de manipulation répond Barbara Pompili, au micro de France Inter, considérant les déclarations du candidat des Verts au bord du complot. L’eurodéputé n’est cependant pas le seul à souligner l’incertitude à laquelle l’Etat s’exposerait potentiellement en privilégiant ainsi le nucléaire. Nicolas Nace, militant de Greenpeace pour la transition énergétique, estime que l’heure On se demande si l’industrie nucléaire est encore capable de construire un seul réacteur, parier sur le 14EPR reviendrait à condamner la transition énergétique et la lutte contre le changement climatique au même fiasco que l’EPR de Flamanville. Le Climate Action Network (RAC), pour sa part, craint que les scénarios reposant sur de nouveaux réacteurs (EPR ou SMR) seront trop lents pour avoir un impact sur le climat dans la prochaine décennie et ont une forte probabilité de conduire à une explosion des coûts. Face à de tels doutes, le ministère de l’Ecologie a simplement invité ses concitoyens à discuter sur les réseaux sociaux et dans les médias. Elle a également invalidé la possibilité d’une éventuelle convention citoyenne sur cette question, préalable à la prise de décision d’Emmanuel Macron.

N’y a-t-il pas d’avenir sans énergies renouvelables ?

Au contraire, toutes les réactions acceptent quasi unanimement la vision du futur des énergies renouvelables que porte RTE. Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, l’opérateur a insisté sur la nécessité d’avoir entre 50 et 100% d’énergies renouvelables dans le mix électrique à cette opportunité. En démontrant que les énergies renouvelables électriques seront à la base de notre futur système énergétique, les scénarios présentés par RTE marquent un changement de paradigme important, dans lequel les énergies renouvelables joueront un rôle fondamental dans la réduction de la dépendance de notre pays aux énergies fossiles, salue par exemple le Syndicat des énergies renouvelables (SER) dans un communiqué. Le développement massif de toutes les énergies renouvelables est urgent et nécessaireentretient le Réseau pour la transition énergétique (Clave). Ils garantissent une capacité de production supplémentaire à des coûts maîtrisés, ce qui contribue à la sécurité d’approvisionnement du pays, compte tenu de la disponibilité réduite du parc nucléaire actuel et des incertitudes concernant le démarrage de nouveaux réacteurs.

à la lecture du rapport de RTE, Maxime Combes, économiste et auteur de Sortons de l’ère des fossiles ! Manifeste pour la transition (2015, d. Seuil), évoque, sur Twitter, que le rythme actuel de déploiement des énergies renouvelables ne va pas du tout tandis que tous les scénarios RTE reposent nécessairement sur un développement massif des énergies renouvelables. Selon lui, ces sont non négociables, contrairement au nucléairece que beaucoup ne semblent pas comprendre. Avant la prochaine Stratégie nationale bas carbone (SNBC) et la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en 2023, Nicolas Wolff, président du syndicat France énergie olienne (FEE), appelle le gouvernement à prendre rapidement des mesures en ce sens. Les décisions qui seront prises prochainement seront déterminantes pour la mise en place de politiques publiques garantissant le bon développement des énergies renouvelables et l’atteinte de la neutralité carbone de la France à l’horizon 2050.

Qu’en est-il du chemin de la sobriété ?

Par ailleurs, la publication du rapport de RTE lui-même suscite des interrogations. Les principaux scénarios (et leurs valorisations économiques correspondantes) initialement présentés par l’opérateur se réfèrent uniquement à la trajectoire de référence. Celui-ci prévoit une augmentation de 35 % de la consommation d’électricité, jusqu’à 645 TWh/an en 2050. RTE a étudié deux autres trajectoires (ainsi que plusieurs variantes). L’une d’elles, baptisée sobriété, permet de réduire cette consommation d’électricité à seulement 555 TWh/an. A titre de comparaison, cette analyse est similaire à celle développée par le nouveau scénario de l’association Ngawatt, publié quelques jours avant le rapport de RTE et réalisé au même moment. Cependant, les scénarios et les coûts économiques de la trajectoire de sobriété conçue par RTE ne seront pas détaillés et seront donc décortiqués avant la publication du rapport complet en janvier 2022.

Clia Gautier, directrice du climat et de l’énergie à la Fondation Nicolas-Hulot (FNH), compare cet écart avec gros problème de communication : aujourd’hui nous n’avons pas toutes les données à portée de main pour prendre les bonnes décisions. Cette analyse partielle ne peut que conduire à des décisions hâtives. Selon elle, la question de la sobriété énergétique devrait être central. Le RAC est d’accord avec cette opinion, appelant le sobrit option sans regret et indiquant qu’il devrait être soumis à des politiques publiques ambitieuses qui ne peuvent se limiter à des “petits gestes” (actions individuelles des citoyens). L’association rappelle même qu’une telle trajectoire serait, entre autres, selon RTE depuis alléger la pression sur le rythme nécessaire du développement des énergies à faible émission de carbone. Le Cler, pour sa part, insiste : Face à la hausse inéluctable des prix de l’énergie et à la volatilité des marchés, réduire nos consommations est un gage de sécurité et de résilience collectives.

Appel collectif au débat

Chaque acteur qui participe au débat appelle également à l’ouverture d’un débat démocratique à la lumière des futurs systèmes électriques proposés par RTE. La ministre de l’Ecologie, Barbara Pompili, se réjouit de la des bases plus saines qui propose le travail de l’opérateur pour alimenter les discussions. Désormais, il invite à la discussion lors de la prochaine campagne présidentielle, qu’il qualifie de meilleur endroit pour discuter. Pour le RAC, cette campagne sera sans aucun doute un moment clé du débat public. L’association prudente déclare cependant que L’heure n’est plus aux démissions ni aux décisions unilatérales.

Il n’est plus possible que la transition énergétique se décide en petit comité entre Bercy, la lyse et les gants nucléairesdemande, à son tour, Nicolás Nace, de Greenpeace. Les citoyens doivent devenir de véritables acteurs de la transition énergétique, et non des pions obligés de prendre des décisions. Et la FNH de conclure : Le choix de notre avenir énergétique appartient aux Français. Ce n’est pas au président de la République de décider aujourd’hui, mais d’organiser les conditions d’un vrai débat démocratique.





Article publié le 26 octobre 2021

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here