L’Europe pourrait produire 100% du soja qu’elle consomme

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Si nous y mettons les moyens, l’Europe pourrait être autosuffisante en soja. C’est le résultat d’une étude publiée par des scientifiques de l’Institut national de recherche agronomique, alimentaire et environnemental (Inrae) et de l’Institut AgroParisTech, dans la revue Nourriture naturelle7 avril.

Le soja est une plante de la famille des légumineuses, riche en protéines. Il est utilisé en partie pour l’alimentation humaine (le soja est transformé en huile, lait, tofu, etc.), mais surtout pour l’alimentation du bétail, grâce aux tourteaux (ce qui reste de l’extraction de l’huile de soja).

Certains pays européens produisent déjà du soja sur leur territoire [1], comme l’Italie, la France (dans le sud-ouest et le nord-est notamment), la Roumanie et la Croatie. Ce n’est pas assez.

Les importations de soja alimentent la déforestation

« Actuellement, l’Europe importe environ 90 % du soja consommé, principalement en provenance des États-Unis et du Brésil, et destiné principalement à l’alimentation animale »souvenez-vous de l’Inrae et d’AgroParisTech dans un communiqué de presse. Ces importations sont l’une des principales causes de déforestation en amérique du sud : Des écosystèmes précieux sont détruits pour être remplacés par d’énormes cultures de soja.

Comment rapatrier la production de soja ? « L’Europe peut atteindre l’autosuffisance de 50 à 100 %, si 4 à 11 % des terres agricoles européennes utilisées pour le soja » – contre 1,7 % aujourd’hui : découvrez Inrae et AgroParisTech. [2] Il faudrait donc multiplier par 2 à 3 les surfaces de culture pour une autosuffisance en 50 % et d’un facteur 5 à 6 pour 100 d’autonomie %

Un champ de soja près de la forêt tropicale, près de Sorriso, dans l’État brésilien du Mato Grosso, en août 2020. ©Florian Plaucheur/AFP

En croisant des bases de données climatiques et agronomiques mondiales, les chercheurs ont réalisé des projections de rendements de soja à l’échelle continentale, en tenant compte du changement climatique.

« Le soja est une culture adaptée à des conditions climatiques très variées, détaille l’un des auteurs de l’étude, Nicolas Guilpart, professeur d’agronomie à AgroParisTech. Il en existe différentes variétés, mais en général, le soja a besoin d’une température d’au moins 4°C pour pousser. La température optimale se situe entre 20 et 30°C. » Au-dessus de 40°C, il n’y a pas de formation de graines.

Les chercheurs ont découvert qu’à mesure que les températures mondiales augmentent, les rendements moyens peuvent augmenter, mais les zones les plus productives se déplaceront vers le nord-est du continent. « Actuellement, le principal pays producteur de soja de l’Union européenne est l’Italie, explique David Makowski, directeur de recherche à l’Inrae et également auteur de l’étude. Les températures y sont déjà élevées, et le changement climatique va encore les augmenter. Par conséquent, les conditions deviendront moins favorables à la production de soja, le rendement aura de bonnes chances de diminuer. »

En revanche, des régions comme le nord-est de la France, le Benelux, l’Allemagne et le Danemark pourraient bénéficier du changement climatique. « On s’est rendu compte qu’il n’y avait pas d’obstacle climatique à la production de soja en Europe, et que le réchauffement climatique devrait même y contribuer, si on veut être autosuffisant en soja. »David Makowski continue.

Engrais réducteurs d’azote avec du soja

Mieux encore, les chercheurs ont calculé que l’augmentation des cultures de soja réduirait l’utilisation d’engrais azotés de 4 à 17 %. % sur le continent européen. En effet, le soja, comme les autres légumineuses, « aide à fixer l’azote dans le sol grâce aux bactéries symbiotiques qui vivent dans ses racines, ce qui est bénéfique pour la prochaine culture et réduit l’utilisation d’engrais azotés, et donc son impact environnemental »note Inrae et AgroParisTech.

Une bonne nouvelle qui pourrait inciter les agriculteurs à privilégier cette production et à limiter les importations de soja américain. D’autant que les projections de rendement sont sûrement sous-estimées : elles ne tiennent même pas compte de l’irrigation des cultures de soja. « Si pris en compte, les rendements seraient probablement encore plus élevés. »dit Nicolas Guilpart.

Attention : une augmentation des surfaces en soja se fera nécessairement au détriment des autres cultures. Et cela pourrait signifier beaucoup. « Nous estimons qu’il faudrait 9 millions d’hectares supplémentaires de soja pour atteindre 50 % d’autonomie, poursuit le chercheur d’AgroParisTech. Si ces 9 millions d’hectares ne remplacent que le blé, la superficie en blé du continent européen pourrait être réduite de 15 %, ce qui aurait des conséquences importantes sur les exportations. Par conséquent, la question de savoir quelles cultures remplacer par le soja est essentielle. »

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