Médicaments, agro-alimentaire… les usines reviendront-elles un jour à…

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Déménager, un long combat

“Je me réjouis que ce dossier soit revenu dans les priorités du gouvernement !” A Biarritz, Lyonelle Le Piouff-Cruchon, consultante en communication à la soixantaine élégante, se réjouit que le débat autour de la délocalisation de la production industrielle française ait été réactualisé à l’occasion de la crise sanitaire. « L’absence de masques et de respirateurs au début de la pandémie a montré que nous étions très dépendants des produits étrangers, notamment asiatiques, regrette-t-il, j’espère qu’une partie de notre industrie sera délocalisée, notamment pour créer des emplois sur notre sol. “

Parce que l’observation est dure ! « La France est le pays développé qui s’est le plus désindustrialisé en vingt ans. La part de l’industrie manufacturière dans le PIB (produit intérieur brut, richesse nationale, ndlr) est passée de 14% à 10% de 2000 à 2019. A cette dernière date, cette part est de 20% en Allemagne, souligne l’économiste Christian Saint- Étienne. C’est un effondrement historique, sans équivalent dans le monde développé en temps de paix depuis la naissance de l’industrie il y a deux siècles et demi.

Selon les experts, le potentiel de la production industrielle française s’est évaporé après le grand mouvement de délocalisation, notamment vers l’Asie, des années 1990-2000. Qu’en pensent les Français ? Comme Lyonelle, les seniors sont particulièrement conscients des vertus du made in France et du retour en France des usines parties chercher ailleurs des coûts de main-d’œuvre infiniment plus bas. Selon le baromètre Club Landoy 2020, 74% des plus de 45 ans souhaiteraient que les entreprises délocalisent leur production en France, et 64% d’entre eux se déclarent disposés à être plus attentifs à l’origine locale ou nationale des produits qu’ils fabriquent achat (dont 73 % de personnes de 65 ans et plus).

Si la pandémie a été un élément déclencheur, la tendance à la délocalisation industrielle n’est pas nouvelle. « Dans un monde caractérisé par des crises à répétition, les entreprises et les États se sont engagés depuis dix ans à raccourcir leurs processus de production », analyse Sébastien Jean, directeur du Centre d’études prospectives et d’information internationale (Cepii), « On assiste, notamment pour Europe, délocalisations régionales, proximité, par exemple dans les pays de l’Est ou au Maghreb”. Un phénomène pourtant balbutiant en France, où seulement 205 délocalisations ont été recensées entre 2005 et 2018.

• Une question politique

Pourtant, depuis le début de la crise sanitaire, le Gouvernement en a fait l’un de ses chevaux de bataille en lui consacrant une dotation globale de 1,4 milliard d’euros dans le cadre de son ambitieux plan de relance de 100 milliards d’euros. Faut-il s’attendre à un retour massif des productions françaises sur le territoire national ? La plupart des économistes en doutent.

Les motivations des délocalisations, soulignent-ils, sont en partie liées à la volonté de réduire la fabrication et, en particulier, les coûts de main-d’œuvre. “Produire à moindre coût améliore la compétitivité des entreprises et réduit le prix de vente pour les consommateurs”, précise Sébastien Jean. En juin 2020, le gouvernement français a annoncé qu’il allait réimplanter en France “d’ici trois ans” la chaîne de production du paracétamol, les médicaments qui contiennent la molécule (Doliprane, Dafalgan…) sont les plus vendus en France (900 millions d’euros par an).

“Le gouvernement s’est emparé d’une propriété emblématique pour illustrer son volontarisme. L’argument de la délocalisation pour la reconquête de la souveraineté est plus un argument politique qu’économique”, explique Catherine Laffineur, professeur d’économie à l’Université Côte d’Azur. la production de l’industrie pharmaceutique en Chine et en Inde a été réalisée pour des raisons financières, principalement en raison des économies d’échelle particulièrement importantes dans ce secteur ».

• Misez sur le haut de gamme

La difficulté à rapatrier les usines est liée à l’origine des matières premières utilisées, à la technologie utilisée et au niveau de qualification des salariés. « La France a un avantage comparatif dans la production de biens à fort contenu technologique et de main-d’œuvre qualifiée. Et c’est seulement dans ce contexte que les délocalisations sont intéressantes en raison de la différence importante du coût du travail entre la France et les pays à bas salaires, » prévient Sarah Guillou, directrice du département Innovation et Concurrence à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

L’avenir des entreprises tricolores résiderait donc dans la fabrication de biens de qualité supérieure. C’est le choix de la chaîne d’opticiens Krys, qui a annoncé début février rapatrier la fabrication de 300.000 verres haut de gamme dans son usine Yvelin à Bazainville, avec l’objectif de créer une vingtaine d’emplois.

“La crise du Covid a mis en évidence la nécessité de contrôler précisément les circuits d’approvisionnement et de distribution internationaux. Grâce à nos technologies ultra-sophistiquées, nous maîtriserons mieux les délais et la qualité de cette nouvelle gamme de produits”, se réjouit Christophe Lallau, le directeur du site. Les pouvoirs publics veulent croire que la stratégie de soutien aux entreprises qui rapatrient leur production en France portera ses fruits. Entre l’été 2020 et le printemps 2021, l’État a sorti son chéquier au profit de 273 projets industriels innovants dans l’agroalimentaire, l’électronique, la santé, les télécommunications 5G. Conséquence : 38.000 emplois “créés ou renforcés” et une dotation de 472 millions d’euros d’aides publiques.

Alors que la menace d’une montée du chômage plane sur le pays et que la bataille du pouvoir d’achat se poursuit, les Français accepteront-ils de payer deux ou trois fois plus pour des produits estampillés “made in France” ? “Je n’en suis pas sûr du tout, prévient le sociologue Ronan Chastellier. Pourtant, l’achat croissant de produits français s’inscrit dans un mouvement fondamental de prise de conscience écologique et environnementale qui dénonce in fine les produits importés polluants.” Soutenir l’emploi national et la transition écologique, en préservant son pouvoir d’achat : le consommateur est face à un dilemme.

• Cocorico, Le Coq Sportif !

A l’automne 2021, Le Coq sportif, la marque de vêtements et de chaussures de sport, démarrera les travaux de sa nouvelle unité de production haut de gamme dans sa ville natale historique de Romilly-sur-Seine (Aube). En conséquence, une centaine d’emplois supplémentaires, pour un démarrage de la production fin 2022. La marque emploie des entreprises partenaires (tricotage, teinture, chaussures) en France. « Nous n’avons plus de sous-traitants en Asie. Cependant, nous gardons notre usine de confection au Maroc, un partenaire historique», précise David Pecard, directeur des opérations de la marque créée en 1882 et choisie par le Comité olympique pour habiller les équipes de France pour les Jeux d’hiver de 2022 à Pékin (Chine).

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