Petits réacteurs modulaires : l’énergie du futur ?

0
16

MENSUEL. Retrouvez en kiosque les archives du numéro 901 du mensuel Sciences et Avenir sur : “Le nucléaire peut-il être propre ?”. L’article suivant a été écrit avant le début de la guerre en Ukraine.

Depuis mai 2020, la première centrale nucléaire flottante au monde fonctionne à pleine capacité dans le port russe de Pevek, dans l’est de la Sibérie. Ce nouveau type d’installation alimente la région en électricité avec deux réacteurs de seulement 35 mégawatts chacun, une puissance cependant suffisante pour alimenter une ville de 100 000 habitants, notamment pour remplacer une centrale au charbon, ce qui évitera l’émission de 50 000 tonnes de CO2 par an. Cette barge flottante de 144 mètres de long, baptisée Akademik Lomonossov, est le premier petit réacteur modulaire – SMR pour « Small Modular Reactor » – en service à ce jour. Débutée en 2006, sa construction fut longue et coûteuse. Mais Rosatom, l’opérateur du système, prévoit de réduire les coûts des futurs réacteurs en les produisant en série. Quatre autres barges flottantes devraient éventuellement jeter l’ancre au large de la côte de Tchoukotka pour soutenir les activités minières dans la région. Rosatom va également entamer la construction d’un SMR onshore à partir de 2024, dans la ville isolée d’Ust-Kuyga en Iakoutie, et vient de signer un protocole de coopération avec le ministère de l’Énergie du Kirghizstan en vue de construire ce même type d’installation en Asie centrale. République. Tous ces réacteurs sont dérivés de technologies initialement développées pour alimenter les brise-glaces.

La centrale électrique flottante Akademik Lomonosov dans le port de Pevek. Il fournit de l’électricité et de la chaleur à la ville et à cette région de Tchoukotka. 1 crédit

De l’autre côté de la planète, la Chine fait le même pari

Les Russes sont ainsi les premiers à mettre en place la filière SMR « décarboner les régions isolées, les sites miniers et les intégrer dans de petits réseaux, souligne Michel Berthelemy, analyste à l’Agence pour l’énergie nucléaire (OCDE). SOITFonctionnant dans les mêmes gammes de puissance, ces réacteurs peuvent être intégrés dans les réseaux de distribution électrique existants.” Mais les réacteurs modulaires de faible puissance – moins de 300 MWe – connaissent aussi un véritable engouement dans le monde, avec environ 70 concepts très hétérogènes en développement. « A la différence des centrales « cathédrales », la filière SMR est engagée dans la standardisation et la production industrielle de petits réacteurs, explique Michel Derdevet, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris. C’est une rupture du concept qui répond aux notions d’économies délocalisées ».

Après la Russie, les États-Unis ont le programme le plus avancé. En août 2020, le projet de la société Nuscale a ainsi été approuvé par la Nuclear Regulatory Commission des États-Unis. La construction d’une centrale de 77 MWe à 12 modules va maintenant commencer sur le site du Laboratoire national de l’Idaho. Ce projet de 2,5 milliards d’euros devrait démarrer en 2029, avec une capacité cumulée de 924 MW. C’est un autre avantage du SMR : plusieurs modules peuvent être combinés pour produire la quantité d’énergie nécessaire à chaque situation. Les réacteurs de Nuscale sont dérivés cette fois de réacteurs développés pour la propulsion navale. Le ministère de l’Énergie a déjà investi plus de 1,2 milliard de dollars depuis 2012 pour financer une dizaine de projets et devrait doubler la somme dans la prochaine décennie pour retrouver son leadership sur le marché du nucléaire.

Le Canada voisin a également choisi cette solution pour décarboner rapidement ses installations industrielles, jusqu’ici dépendantes de solutions énergétiques fortement émettrices de CO2.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here