Plus de salariés pour produire autant : l’étrange dynamique de l’emploi

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Les bonnes nouvelles continuent de voler dans l’effectif. Le chômage a continué de baisser fin 2021 pour s’établir à 7,4%, selon Les chiffres de l’Insee publiés vendredi. Un tel niveau n’avait pas été observé depuis le printemps 2020, lorsqu’il était tombé à 7,2 %. Mais comment Alternatives économiques avait expliqué à l’époque, le thermomètre était cassé : En raison du confinement, la population active (qui comprend les personnes ayant un emploi et celles qui sont immédiatement disponibles et en recherche active) s’était contractée, entraînant mécaniquement une baisse du taux de chômage.

Ce n’est plus le cas depuis le printemps. Fin 2021, le taux d’activité, c’est-à-dire la proportion de personnes considérées comme actives parmi la tranche d’âge des 15 à 64 ans, était même supérieur de 0,5 point à celui de fin 2019. Le thermomètre fonctionne déjà correctement et, à part de l’épisode 2020, n’avait pas enregistré un niveau aussi bas depuis 2008.

Ainsi, la baisse actuelle du chômage provient d’un rebond sur le front de l’emploi. Parmi les 15 à 64 ans, 67,8 % avaient un emploi au quatrième trimestre de 2021, soit 1 point de pourcentage de plus que deux ans plus tôt. La hausse est surtout notable pour les jeunes, le taux d’emploi des 15 à 24 ans a augmenté de 4 points par rapport à fin 2019, sous l’effet notamment des aides massives aux études et au travail décidées par le gouvernement, qu’ils peuvent atteindre jusqu’à 8 000 euros pour l’embauche d’un apprenti, par exemple.

Emploi salarié supérieur de 1% à son niveau d’avant-crise

Cependant, la dynamique de l’emploi pose question, car elle est plus vivante que l’activité économique. Au deuxième trimestre 2021, la France comptait plus de salariés qu’avant la crise, alors que dans le même temps le PIB, c’est-à-dire la richesse créée, était toujours inférieur à son niveau de fin 2019. de travail, l’économie est incapable de produire autant qu’avant la pandémie. Et l’écart ne viendrait pas des indépendants, puisque le travail indépendant “il diminuerait modérément en 2021”selon le dernier rapport de conjoncture de l’INSEE publié mi-décembre.

Évidemment, l’emploi salarié ne suit pas nécessairement l’évolution de l’activité économique. Au printemps 2020, le PIB a fortement chuté en raison du confinement, sans que le chômage ne s’envole, notamment en raison de l’activité partielle. Ainsi, entre les secteurs qui ont pu retenir leurs effectifs grâce à ce dispositif et ceux qui se portent bien, voire en croissance, et donc ont embauché, il semble logique que l’emploi soit supérieur à l’activité.

Sauf que l’utilisation de l’activité partielle a chuté de façon spectaculaire au cours de la dernière année. La part du sous-emploi, c’est-à-dire la réduction involontaire du temps de travail, due aux situations de chômage technique ou partiel est passée de 10,6% de l’emploi total au deuxième trimestre 2020 à 0,5% au troisième trimestre 2021, contre 0,2% précédemment. la crise, selon l’INSEE. Cependant, au cours de la même période, l’emploi a continué de croître, tandis que l’économie revenait à son niveau d’avant Covid.

Pour certains secteurs, l’écart est encore plus prononcé. Dans l’hébergement et la restauration, par exemple, l’emploi a quasiment retrouvé son niveau de fin 2019, alors que l’activité est toujours en baisse de 16 % ! Et ce, alors que le recours à l’activité partielle a également sensiblement diminué, passant de 702.400 salariés concernés (environ les deux tiers de l’effectif) en février 2021 à 96.500 en septembre, selon le donner. D’autant que ce n’est pas un petit secteur : il ne représente qu’un quart des emplois supplémentaires sur les neuf premiers mois de 2021 (40 % pour le seul deuxième trimestre).

Au contraire, dans d’autres branches professionnelles, comme la communication de l’information, l’activité est plus dynamique que l’emploi.

Affaiblissement de la productivité dans l’hébergement et la restauration

Plusieurs hypothèses sont sur la table pour expliquer cette situation : les employeurs ont-ils anticipé une forte activité et embauché en conséquence ? La productivité a-t-elle baissé ? Sur ce dernier point, Note économique Insee de décembre fournit les premiers éléments de réponse.

Premièrement, la productivité horaire a explosé avec la pandémie, principalement parce que les secteurs qui ont fortement recours à l’activité partielle sont aussi ceux qui sont parmi les moins productifs, comme le commerce et l’hôtellerie. Le recours aux aides publiques ayant été réduit, la productivité horaire a retrouvé un rythme normal, se situant légèrement en dessous de son niveau d’avant la crise de l’été dernier.

Ceci au regard de la situation générale, mais la pandémie n’a pas touché toutes les branches de la même manière. Restrictions obligent, les entreprises ont revu leur chaîne d’approvisionnement et leur organisation du travail. Ils devaient également appliquer des mesures sanitaires (utilisation d’un masque, distanciation physique, etc.). Quel a été l’impact sur votre productivité ? L’Insee leur a posé la question.

Dans l’ensemble, les mesures sanitaires semblent de moins en moins pénaliser les entreprises depuis la dernière crise de confiance, même si un quart d’entre elles déclaraient encore un effet “défavorable” sur leur productivité en octobre dernier. Au contraire, elles affectent encore fortement le travail des hôteliers et restaurateurs, puisqu’un sur deux témoigne d’un impact négatif sur sa productivité.

Dans le même temps, tous secteurs confondus, la proportion d’entreprises jugeant leurs effectifs « insuffisants » est passée de 19 % en juillet à 25 % en octobre. Cette tendance est encore plus forte dans l’hébergement et la restauration, avec respectivement 31% et 46%.

Devoir désinfecter après le passage de chaque client, contrôler le pass sanitaire, mettre de la distance entre les tables, etc. ce sont toutes de nouvelles tâches qui ont pu contribuer au besoin de main-d’œuvre supplémentaire pour un service client équivalent. Dans quelle mesure cela incite-t-il les employeurs à augmenter leurs effectifs ? Dur à dire.

Ces questions montrent à quel point la pandémie a faussé l’économie française. Il est encore trop tôt pour comprendre tous les changements.

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