Pour le PDG de Total, “la transition énergétique ne se fera pas sans une grande entreprise comme TotalEnergies”

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J’ai vu des personnes très professionnelles et engagées, qui avaient une mission claire et ont répondu clairement à mes questions. Le site de BioVilleneuvois est très propre, sans odeur, alors que c’était un peu l’image d’Épinal que j’avais de la méthanisation. Lorsqu’une entreprise comme Total rachète une PME, ses salariés peuvent être ravis que davantage de ressources soient disponibles et préoccupés par la taille du groupe. Apprendre à les connaître est important pour moi afin de bien comprendre leur métier et leurs besoins. J’ai appris beaucoup de choses, notamment qu’il pouvait y avoir des synergies avec nos bioraffineries…

J’ai vu des personnes très professionnelles et engagées, qui avaient une mission claire et ont répondu clairement à mes questions. Le site de BioVilleneuvois est très propre, sans odeur, alors que c’était un peu l’image d’Épinal que j’avais de la méthanisation. Lorsqu’une entreprise comme Total rachète une PME, ses salariés peuvent être ravis que davantage de ressources soient disponibles et préoccupés par la taille du groupe. Apprendre à les connaître est important pour moi afin de bien comprendre leur métier et leurs besoins. J’ai appris beaucoup de choses, notamment qu’il pouvait y avoir des synergies avec nos bioraffineries. J’ai été très bien reçu et je vous en remercie !

Vous semblez très ambitieux pour votre nouvelle acquisition…

Fonroche biogaz est une belle entreprise qui connaît très bien son métier. L’enjeu est désormais de les accompagner dans leur croissance puis dans leur internationalisation. Ils ont leur moteur : ils créent deux unités de production par an. Il faudra voir comment passer de deux à quatre, sans perdre son agilité et sa proximité avec le territoire. Nous avons de l’ambition mais nous devons aussi tenir compte de sa réalité. S’il faut deux ou trois ans pour obtenir un permis de propagation et qu’on leur demande de croître deux fois plus vite, il faudra alors plus de ressources pour le faire. Nous les accompagnerons afin qu’ils puissent mener à bien leurs projets de la meilleure façon possible.

Patrick Pouyanné, lundi matin, sur le site de BioVilleneuvois, avec Joël Benech, responsable du site.

Patrick Pouyanné, lundi matin, sur le site de BioVilleneuvois, avec Joël Benech, responsable du site.

Romain Bely / “Sud-Ouest”

Ces derniers mois, nous avons assisté à une révolution culturelle chez Total. Il veut transformer une grande compagnie pétrolière en une entreprise multi-énergies. Mais peut-elle le faire tout en préservant les emplois de ses 100 000 salariés ?

Bien sûr ! Notre transition s’accélère avec le développement rapide des technologies et la forte demande de la société. Si nous voulons limiter le réchauffement climatique à 1,5°C tout en répondant à la demande mondiale croissante en énergie, nous devons accélérer vers la neutralité carbone. Aujourd’hui, le pétrole et le gaz représentent plus de 50 % du mix énergétique mondial. La demande de pétrole devrait cesser d’augmenter à partir de 2030 puis diminuer, notamment avec l’essor des véhicules électriques. Quand on dirige une grande entreprise, il faut sans cesse anticiper, notamment dans le secteur de l’énergie, car les changements prennent du temps. Il n’y aura pas de « Grand Soir ». Nous avons donc fait un choix. On se prépare depuis 2015 et on a accéléré en 2020, c’est vrai. Nous avons pu constituer un portefeuille de plus de 30 GW d’énergies renouvelables, soit la moitié de la capacité nucléaire française. Nous avons l’ambition et les moyens de devenir l’un des cinq premiers acteurs mondiaux des énergies renouvelables.

Aux yeux du grand public, il sera difficile de dissocier Total du pétrole…

Nous n’allons pas seulement faire la transition avec de nouveaux petits joueurs verts. Je fais le parallèle avec l’industrie automobile. Bien sûr, Tesla a créé une révolution avec sa voiture électrique, mais la transition se fera car Stellantis (Fiat-Chrysler et PSA), Renault ou Volkswagen feront des voitures électriques. Si de grands groupes comme Total réinvestissent les revenus pétroliers dans les nouvelles énergies, ils deviennent alors des acteurs importants de la transition. Oui, dans l’esprit des gens, Total équivaut à pétrole. C’est presque devenu un nom commun. C’est aussi la raison pour laquelle nous changeons de nom. Nous avons ajouté le mot Energies à la racine historique de Total et ce n’est pas un lifting, contrairement à ce que certains disent. Nous allons devenir TotalEnergies.

Le Conseil d'administration de Total, réuni le 8 février 2021, a décidé de proposer à la prochaine assemblée générale des actionnaires, le 28 mai, une résolution visant à changer le nom du Groupe.  En cas d'adoption, Total deviendra « TotalEnergies ».

Le Conseil d’administration de Total, réuni le 8 février 2021, a décidé de proposer à la prochaine assemblée générale des actionnaires, le 28 mai, une résolution visant à changer le nom du Groupe. En cas d’adoption, Total deviendra « TotalEnergies ».

photo de groupe complète

Vous avez aussi beaucoup misé sur l’électricité. Seriez-vous intéressé par l’ouverture d’une partie d’EDF aux capitaux privés ?

Non. Total n’a pas la prétention d’être un actionnaire financier minoritaire, nous sommes une entreprise industrielle. Ce qui m’intéresse quand on acquiert une entreprise, c’est de pouvoir la gérer. Et nous sommes devenus l’un des plus grands concurrents d’EDF avec Total Direct Energie, nous venons d’annoncer notre cinq millionième client en France. Il y aurait un problème de concurrence.

Le nucléaire ne semble pas non plus vous émouvoir. Et l’hydroélectricité ?

La difficulté avec l’hydroélectricité, c’est qu’elle offre peu de croissance. Ce sont des positions historiques : il y a peu de construction de barrages, sauf dans quelques pays émergents. Mais c’est un dossier dans lequel il n’est pas impossible pour Total d’investir un jour. Si des concessions sont ouvertes, nous verrons les opportunités. Autant je dis non au nucléaire, c’est une affaire d’Etat, autant je ne dis pas non à l’hydroélectricité.

Le Centre Scientifique et Technique Jean Féger (CSTJF) de Total à Pau emploie 2 800 personnes.

Le Centre Scientifique et Technique Jean Féger (CSTJF) de Total à Pau emploie 2 800 personnes.

David Le Deodic / “Sud-Ouest”

La part du pétrole dans le groupe va diminuer, mais le Centre scientifique et technique Jean-Féger de Pau (CSTJF) est spécialisé dans l’exploration-production. Aura-t-il le même périmètre (2 800 salariés) à l’avenir ?

Pau, en revanche, bénéficiera de nouveaux métiers puisque notre centre jouera un rôle clé dans notre projet « One tech », qui vise à rassembler tous les ingénieurs et techniciens des services centraux dans une même organisation transversale. Pour le CSTJF, c’est une pérennisation : là où il se concentrait sur les métiers historiques du pétrole, il travaillera désormais aussi pour l’éolien offshore, l’électricité, le biométhane, etc. Les technologies de modélisation actuellement utilisées à Pau pour les champs pétroliers peuvent également être utilisées pour les champs éoliens, par exemple.

La pérennité du groupe Total a-t-elle été menacée par la crise du Covid ?

Non jamais. Si nous avons conservé les dividendes l’an dernier, c’est parce que nous en avions les moyens. Sinon, nous ne l’aurions pas fait. L’entreprise n’a pas perdu d’argent en 2020. Il faut faire la différence entre le résultat comptable et la réalité de notre activité. Nous avons décidé d’amortir les actifs mais vous verrez jeudi [à l’occasion de la présentation des résultats du premier trimestre 2021] que Total a déjà retrouvé son rythme de résultats élevés d’avant la crise. Le taux d’endettement de l’entreprise est relativement faible. Tout va bien.

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