Pourquoi les associations “demandent justice” contre le géant de l’énergie

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“Totalement des mensonges.” C’est le titre de la campagne lancée mercredi par les ONG de lutte contre le réchauffement climatique Notre Affaire à Tous et 350.org. Dans leur ligne de mire : le géant français des énergies fossiles qui, selon une étude publiée mercredi dans la revue Changement environnemental globalil était conscient des conséquences désastreuses de ses activités sur le climat dès 1971.

Pourtant, Total avait des doutes dans les années 1980 sur l’impact des énergies fossiles sur le climat, soulignent les historiens de l’environnement à l’origine de l’étude. L’entreprise aurait même cherché à contrecarrer les efforts politiques nationaux et internationaux mis en œuvre pour limiter l’utilisation de ces énergies fossiles. Il a également rejoint au milieu des années 1980 plusieurs autres grands producteurs de combustibles fossiles, dont l’américain ExxonMobil, dans une campagne internationale des compagnies pétrolières pour “défier la science du climat et affaiblir les contrôles sur les combustibles fossiles”, disent les chercheurs.

Ces révélations concernent également Elf, un ancien géant français des énergies fossiles qui a fusionné avec Total en 1999.

Total dit vouloir “être un acteur important de la transition énergétique”

Dans une réponse envoyée avant la publication de l’article scientifique, TotalEnergies (nouveau nom du groupe) précise : « La connaissance du risque climatique de TotalEnergies n’était en rien différente des connaissances issues de la littérature scientifique de l’époque (les années 70 : ndlr )”. “Les dirigeants de Total (…) ont reconnu l’existence du changement climatique et le lien avec les activités de l’industrie pétrolière” et depuis 2015, l’entreprise se propose “d’être un acteur majeur de la transition énergétique”, poursuit-il. .

Dans une interview accordée à notre journal en mai, son PDG Patrick Pouyanné nous expliquait : “Notre pari est d’être dans le Top 5 mondial des énergies renouvelables d’ici 2030, alors que nous faisons des bénéfices”.

Aux yeux de Marie Toussaint, fondatrice de Notre Affaire à Tous, ce que révèle cette recherche « est extrêmement grave ». “On parle d’une entreprise étroitement liée à l’Etat français”, qui a été actionnaire du groupe pétrolier dans le passé, comme Elf, a-t-il rappelé ce mercredi lors d’une conférence de presse.

Bientôt une commission d’enquête parlementaire pour établir les responsabilités de Total ?

Alertés de ces révélations avant qu’elles ne soient publiées dans la presse, Notre Affaire à Tous et 350.org ont lancé une campagne pour responsabiliser le géant de l’énergie, qu’ils considèrent comme en partie responsable du dérèglement climatique et de ses effets irréversibles.

Ces révélations prouvent que TotalEnergies et les autres grandes compagnies pétrolières et gazières ont volé le temps précieux d’une génération pour arrêter la crise climatique. Les conséquences désastreuses du changement climatique que nous vivons actuellement auraient pu être évitées si, il y a cinquante ans, dans une salle de conseil, les dirigeants n’avaient consciemment calculé que quelques décennies de gains supplémentaires valaient plus.

Communiqué de presse Notre affaire à tous & 350.org

Les associations demandent également le lancement d’une commission d’enquête parlementaire “pour faire toute la lumière sur les implications et les responsabilités” de Total, selon les mots de Marie Toussaint, fondatrice de Notre Affaire à Tous, ce mercredi lors d’une conférence de presse.

Nous devons responsabiliser les entreprises dans cette lutte contre le changement climatique. Il est nécessaire de déterminer ce dont Total est responsable et ce que vous devez payer pour réparer cela.

Marie Toussaint, fondatrice de Notre Affaire à Tous

Les associations disent avoir déjà contacté les groupes parlementaires “de gauche de l’échiquier politique” à l’Assemblée nationale et au Sénat pour lancer cette commission d’enquête. Si les ONG souhaiteraient qu’il soit lancé “le plus tôt possible”, il n’y a pour l’instant aucune certitude quant à sa date de lancement possible en raison du calendrier électoral serré des prochains mois.

Au total, toujours 99% d’énergies fossiles pour 1% d’énergies renouvelables

Plus largement, les révélations de ce mercredi sont également l’occasion pour Notre Affaire à Tous et 350.org de dénoncer l’actuelle orientation du groupe, qui mise encore majoritairement sur les énergies fossiles cinquante ans après avoir pris connaissance de leur impact pour l ‘environnement.

“Total continue de mentir, de répandre le déni”, a déploré Clémence Dubois, responsable des campagnes de 350.org, lors d’une conférence de presse. “Développer de nouveaux projets dans les énergies fossiles, c’est nier la science du climat”, juge-t-il.

Aux yeux des associations, les promesses du géant de l’énergie ressemblent à un “green wash”.

En 2020, Total a produit 447 unités d’énergie fossile pour une seule unité d’énergie renouvelable, selon un rapport de Greenpeace. On est vraiment sur une échelle de 99% d’énergie fossile pour 1% d’énergie renouvelable (…) Et en 2030, les énergies fossiles représenteront plus de 80% de vos investissements. C’est une déclaration de guerre contre l’humanité.

Clémence Dubois, directrice de campagne de 350.org

Aujourd’hui encore, si l’on omet les banques, Total figure -de loin- en tête du classement des entreprises les plus polluantes du CAC40 avec 488 millions de tonnes de CO2 émises par an, comme le soulignait l’ONG Oxfam dans un rapport de mars dernier :

Lobbying dur, mais victoires

Les partenariats vont-ils bousculer le géant français de l’énergie ? Difficile à dire, d’autant que si Total pèse lourd du point de vue de ses émissions de CO2, l’entreprise exerce également une pression importante par le biais d’un lobbying auprès des politiques et des banques qui continuent de financer ses projets liés aux énergies fossiles, assurent Notre métier pour tous et 350 .org.

Mais les ONG, qui estiment que le levier financier peut être un moyen d’atteindre Total, se réjouissent de plusieurs victoires. “Après une énorme mobilisation”, Total devra se passer de la BNP, de la Société Générale et du Crédit Agricole pour son projet d’énergie fossile EACOP en Afrique de l’Ouest, note le communiqué de la campagne “Total Lies”. La Banque Postale a annoncé qu’elle ne soutiendrait plus les entreprises “qui participent activement au lobbying pour le pétrole ou le gaz, ou qui ralentissent ou bloquent les efforts de sortie de ces secteurs”, soulignent également les associations.

Ces derniers entendent également saisir la justice pour contraindre Total à abandonner progressivement les énergies fossiles. L’entreprise a été poursuivie en 2020 pour manquement à son devoir de vigilance climatique par diverses collectivités et associations – dont Notre Affaire à Tous – demandant au géant de l’énergie d’ordonner une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre.

“La loi et la justice se révèlent de plus en plus efficaces pour créer un cadre qui oblige les multinationales à respecter leurs engagements, comme le montre le cas de Shell aux Pays-Bas”, qui a été condamnée par la justice néerlandaise à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 45% d’ici 2030, estime Justine Ripoll, directrice de campagne de Notre Affaire à Tous.

Au niveau international, l’ONU a également tiré la sonnette d’alarme mercredi, expliquant que les plans de production de charbon, de pétrole et de gaz restaient largement incompatibles avec les objectifs de l’accord de Paris, selon un rapport publié mercredi. Selon les prévisions, ils représenteraient une augmentation d’environ 240% du charbon, 57% du pétrole et 71% du gaz en 2030 par rapport à ce qui serait compatible avec une limitation du réchauffement climatique à 1,5°C. ..

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