Rosporden. Décès de Michel Caugant, figure de l’agroalimentaire breton

0
42

Industriel innovant, très impliqué dans l’agroalimentaire breton et dans la vie de sa commune, Rosporden (Finistère), auquel il est resté fidèle jusqu’au bout, Michel Caugant est décédé à l’âge de 88 ans. Fils de boucher, boucher lui-même, il a su transformer une charcuterie familiale en une fabrique de salades « vertes » performante.

Une histoire qui commence en 1924 lorsque son père, Laurent Caugant, ouvre sa première charcuterie au 31 rue Nationale. Michel, le fils, y est né en 1933. Michel Caugant aimait à dire que le premier cochon de son père lui avait donné « Il avait été offert par sa belle-famille en cadeau de mariage. Et qu’une Concarnoise, émigrée à Paris, lui avait proposé de transformer deux cochons par semaine au lieu d’un et d’envoyer le second à la capitale par Express”.

Précurseur

A cette époque, l’abattoir et l’atelier de salaison comptaient une dizaine d’employés. grandit vite, à travers de la station. Le commerce lucratif a été interrompu par la Seconde Guerre mondiale. Michel, Raymond et Guitte, leur frère et leur sœur, font alors face à un drame familial. Lors des combats pour la libération de Rosporden, le 4 août 1944, Laurent et sa femme Marguerite sont pris en otage par les Allemands avec trente-trois autres civils. Marguerite y laissera sa vie.

Adolescent, Michel aide son père dans l’épicerie fine en s’occupant de la comptabilité. L’entreprise se développe rapidement. Michel a été constituée en 1956. Le site de production a été transféré en 1965, route de Pont-Aven. Ce sont déjà les premiers pas de la charcuterie industrielle qui a pris les rênes en 1967. Il a 34 ans et a déjà des idées avant-gardistes en termes d’innovation et de démarche qualité qui seront sa marque de fabrique.

photo de michel caugant en mars 2003. © archives ouest-france

Michel Caugant en mars 2003. © Archives Ouest-France

En 1968, il prend la décision audacieuse de travailler exclusivement pour la grande distribution. Une élection paie. La croissance monte en flèche. La création, en 1983, d’une gamme de salades composées, vendues en GMS, marque un tournant important pour l’entreprise qui s’était jusqu’alors concentrée sur le salage. En 1993, elle conçoit une usine performante et moderne d’une capacité de 8 000 tonnes pour ses salades composées prêtes à consommer, sur le site aujourd’hui occupé par Bonduelle, route de Concarneau. A deux pas de l’ancienne qui produisait alors 3 000 tonnes de pâtés et rillettes.

En 1996, réduction du temps de travail à 37 heures

Pionnier dans ce domaine, il s’attache à ce que sa nouvelle usine soit la plus “verte” possible. Tout ce qui peut être récupéré ou valorisé l’est. La consommation d’eau est scrutée pour éviter le gaspillage. Mais pas seulement. Michel Caugant a aussi été un précurseur en devenant, en 1996, l’un des premiers à réduire la journée de travail à 37 heures.

En 1999, à l’âge de 65 ans, elle prend du recul et est reprise par Bernard Thépot, le PDG, qui devient PDG. Cependant, il reste le principal actionnaire.

En 2003, il revend son entreprise traiteur de salades au groupe Bonduelle. L’entreprise compte alors 400 salariés. Son chiffre d’affaires est estimé à 54 millions d’euros. Il représente 15 % des ventes de salades préparées en France.

En 2009, pour saluer le parcours exemplaire de l’industriel, générateur d’emplois et acteur principal du développement économique du territoire, son nom est donné au rond-point qui dessert La Villeneuve Cadol et l’usine Bonduelle.

Michel Caugant a également été président d’Adria (association pour le développement de la recherche dans les industries agroalimentaires) et d’Actia (association de coordination technique des industries agroalimentaires).

Les obsèques de Michel Caugant auront lieu le lundi 21 février, à 14h30, en l’église de Rosporden.

Les réactions

Michel Loussouarn

Le maire de Rosporden, ému par sa disparition, salue la mémoire du “Capitaine d’industrie rosspordinien”qui voit un « un visionnaire qui a su transformer un petit magasin familial en une PME dynamique et innovante qui a contribué à la prospérité de Rosporden. Il a toujours eu une longueur d’avance sur les attentes des consommateurs et les tendances du marché, permettant à son entreprise de rester compétitive et de développer des emplois locaux. »

Mais Michel Caugant “Ce n’était pas seulement un homme d’affaires, il était aussi très impliqué dans le développement économique et social de la Bretagne, il continue. Investi dans de nombreux réseaux professionnels, il a agi pour que l’industrie agroalimentaire finistéroise soit à la pointe de l’innovation et de la qualité, ses maîtres-mots lorsque la concurrence privilégiait le bas de gamme et le moindre coût. Ses performances en Adria et Actia illustrent particulièrement cet engagement avec lequel il a démontré que la matière grise pouvait et devait être un point fort de l’industrie bretonne ».

un chef d’entreprise “apprécié par leurs employés” d’où il était « un chef d’équipage qui savait conduire par tous les temps en mettant à l’abri les hommes et les femmes à bord à ses côtés. »

« Fidèle à son pays de Rosporden, c’est en partie grâce à lui que notre ville reste une ville industrielle. Je l’ai rencontré plusieurs fois. Je garde de lui le souvenir d’un homme plein d’esprit, plein d’humour, chaleureux et proche des gens. J’envoie mes condoléances à vos proches. »

Jean-Robert Geoffroy

Président d’Adria, dont il a été directeur général de 2005 à 2020 et auparavant directeur du pôle formation et conseil, Jean-Robert Geoffroy a bien connu Michel Caugant, président d’Adria pendant plus de 20 ans. « Cela a contribué à placer Adria au plus haut niveau des instituts techniques agroalimentaires. On lui doit, entre autres, les bâtiments dans lesquels est installé l’Adria à Creach-Gwen, construits entre 1994 et 1996 », il a dit. Ainsi que « le développement de la microbiologie, dont la microbiologie prédictive, le positionnement scientifique d’Adria dans des projets de recherche au niveau national et européen et des activités de conseil auprès d’entreprises bretonnes. »

« C’est aussi à l’origine d’Actia, l’association de coordination des instituts agroalimentaires français, sous sa forme actuelle. Cet autodidacte, comme il aimait à le rappeler, avait un sens aigu de l’innovation et de l’entrepreneuriat ; c’était aussi un visionnaire qui voulait dépasser ses limites. Je salue sa mémoire, c’était un président engagé qui a contribué au développement et au rayonnement d’Adriá. »

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here