Sa première usine vient d’être livrée, l’Afyren clermontoise, prête à concurrencer le pétrole avec ses acides biosourcés.

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La start-up industrielle clermontoise Afyren confirme sa montée en puissance : après une introduction en bourse Sud Euronext Croissance qui lui a permis de récolter 70,4 M€ à l’automne 2021, espace de mise en œuvre au niveau industriel.

Sa filiale, Afyren Neoxy, créée spécifiquement pour industrialiser son production industrielle d’acides organiques naturels en 2018, en collaboration avec le fonds Spi de Bpifrance, vient d’achever les travaux de sa première usine.

Installé dans le Grand-Est, en Moselle, il devait être opérationnel “début 2022” pour arriver, dans sa vitesse de croisière, une production de 16 000 tonnes d’acides par an. Cela représente une économie de 150 000 tonnes de C02 par rapport aux ingrédients dérivés du pétrole. A la clé, une soixantaine d’emplois.

Vendredi, la jeune pousse a confirmé que le chantier venait de s’achever. “à temps”. En effet, tous les équipements ont été livrés et le processus de démarrage est en cours, avec une première phase de tests en cours qui conduira à la production en 2022 des premiers lots d’acides organiques biosourcés.

Avec désormais plus de 70 collaborateurs répartis sur ses sites de Lyon, Clermont-Ferrand et Carling Saint-Avold.

Une première étape qui élimine le risque d’investissement

La fin de ce projet sonne déjà comme une étape clé dans deux sens pour le jeune rejeton, qui venait de quitter le classement FT120 « d’en haut » après avoir annoncé en septembre dernier son introduction en bourse sur Euronext Growth.

Car cela permettra notamment à Afyren de générer prochainement ses premiers revenus en volume, mais aussi de “dé-risquer” les investissements nécessaires jusqu’ici pour amener sa technologie sur le marché.

Son PDG, Nicolas Sordet, rappelle La galerie que la construction d’une usine est souvent l’affaire de deux ans de travail, qui ont également eu lieu pour Afyren pendant la période Covid. “Mais nous avons tout de même réussi à respecter les délais, mais aussi les coûts, grâce au travail intense des équipes. Nous avons même gardé une petite marge de manœuvre pour faire des ajustements de production, si nécessaire.

Une bonne nouvelle également pour les finances de la jeune progéniture, dont l’exercice 2021 avait été plus complexe en raison de la crise sanitaire : en effet, son chiffre d’affaires avait été revu légèrement à la baisse (de 3,99 millions d’euros en 2020 à 3,04 millions en 2021), et inclus une perte nette de 3,61 M€ à fin 2021 (contre 2,13 M€ l’année précédente), due notamment aux investissements liés à son industrialisation. Cependant, sa trésorerie est restée à 67,13 millions d’euros, grâce à l’augmentation de capital réalisée dans le cadre de son introduction en bourse.

Nicolás Sordet a ainsi estimé que «2021 aura été une année de transformation pour Afyren.” :

“Nous disposons désormais des ressources financières et d’un premier outil de l’industrie pour accélérer la réalisation de notre raison d’être : permettre une industrie circulaire à faible émission de carbone en fournissant des solutions biosourcées conçues pour et avec notre environnement”. Avec la perspective d’atteindre un chiffre d’affaires déjà estimé à 150 millions d’euros d’ici 2027.

60% de la production de sa première usine déjà assurée

Par ailleurs, cette usine sort de terre alors que le marché français (mais aussi européen) est de plus en plus attentif aux solutions industrielles décarbonées qui réduisent significativement son empreinte CO2 : et c’est précisément ce que le processus de production d’Afyren Neoxy, basé sur la valorisation de dérivés de l’industrie sucrière (betterave).

« On part d’une première étape de fermentation, basée sur des micro-organismes naturels non génétiquement modifiés, pour passer à une technologie issue de la chimie classique qui permet d’extraire les molécules les unes des autres et de les purifier, allant jusqu’à répondre aux normes de l’industrie pétrolière », déclare Nicolás Sordet.

Résultats? Votre processus est affiché comme “cinq fois moins d’énergie” que les procédés traditionnels, et surtout d’origine biologique. Et c’est justement l’argument qui a déjà convaincu plusieurs industriels de franchir le pas : “A ce jour, nous avons sécurisé 60 % de la production de notre première usine, et nous avions déjà annoncé trois contrats dans notre portefeuille : un dans le domaine de la distribution d’arômes et de parfums, ainsi que deux autres dans l’alimentation humaine et animale, tandis qu’un certain nombre de nouveaux contrats sont encore en cours de discussion”.

Car le monde de la chimie verte suscite un intérêt particulier depuis la crise du Covid : « Les industriels sont intéressés à la fois à intégrer davantage d’ingrédients naturels et biologiques dans leurs produits, et à réduire leur empreinte carbone, ce qui implique soit de transformer leur propre mix énergétique, soit de réduire les impacts de leurs intrants et matières premières. », explique le directeur général de Afyren.

Surtout parce que dans ce domaine, la jeune pousse clermontoise a un argument de poids : près de 99 % des molécules actuellement présentes sur ces marchés resteraient à ce stade approvisionnées par des dérivés de la pétrochimie..

Vise l’Asie et les Etats-Unis pour une production locale et “adaptée”

« En dehors de quelques acteurs qui fournissent sporadiquement telle ou telle molécule, il n’existe pas aujourd’hui d’industriel disposant d’une technologie concurrente de la nôtre, dans l’ensemble de notre portefeuille.

D’autant qu’Afyren a désormais la volonté de s’attaquer à des marchés assez larges à l’échelle européenne, allant des conservateurs alimentaires aux solvants, en passant par les additifs cosmétiques et les lubrifiants…”Cette diversité est un élément de complexité au départ, mais aujourd’hui c’est notre force car nous ne sommes pas exposés à un marché en particulier et cela nous permet d’être résilients malgré les évolutions de certains marchés.», juge Nicolas Sordet.

Résultats? Afyren travaille déjà à l’implantation de deux nouvelles usines : en Asie à partir de 2024 et aux États-Unis, avec l’ambition de développer une offre locale pour ces marchés : “l’un des grands atouts de notre technologie est de pouvoir s’adapter aux matières premières matérielles présentes sur le site », glisse Nicolas Sordet, qui préfère rester discret sur son dénombrement à ce stade.

Temps d’investissement, après augmentation de capital

Fondée en 2012 par Jérémy Pessiot (doctorant en microbiologie et bioprocédés) et Nicolas Sordet (professionnel de la finance), Clermont deeptech est le fruit de 10 années de recherche et a pour principal objectif de répondre au besoin croissant des industriels de réduire l’utilisation de dérivés du pétrole. au sein de sa chaîne de production.

Pour ce faire, elle avait choisi de se concentrer sur la production de biomolécules issues de la revalorisation de la biomasse non alimentaire, largement utilisée dans les secteurs de la nutrition humaine et animale, de la cosmétique, des arômes et parfums et de la chimie fine. Sa méthode consiste notamment à produire sept acides organiques entièrement biosourcés à partir de déchets de l’industrie sucrière (betterave).

Pour ses travaux, il a notamment remporté le Concours Mondial de l’Innovation 2030 dans la catégorie “Protéines Végétales et Chimie du Végétal” et intégré le classement French Tech120 deux années consécutives (2020 et 2021).