Si l’Allemagne boycotte le gaz russe, la récession le frappera, disent 5 instituts de prévision allemands

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Sombres perspectives pour l’Allemagne prise au piège inextricable de sa dépendance aux énergies fossiles russes : si le pays coupe aujourd’hui ses approvisionnements en énergie de la Russie, notamment en gaz, il entrera en récession à partir de l’année prochaine, disent-ils à l’unisson mercredi pas moins de cinq instituts allemands de prévision économique (DIW, IFO, IfW, IWH et RWI).

Cet avertissement pourrait servir d’eau au moulin de ceux qui tiennent les quatre fers, comme le ministre des Affaires étrangères Olaf Scholz, contre l’adoption de “sanctions puissantes” qui incluent l’arrêt des achats de pétrole et de gaz, demandées par le président ukrainien Volodymyr Zelensky et tandis que la Commission européenne prépare une 6ème vague de sanctions pour briser la machine de guerre de Vladimir Poutine.

Nous venons d’imposer de fortes sanctions à la Russie et nous nous préparons à une sixième vague“, a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors de sa visite à Kiev le vendredi 8 avril, en compagnie du chef de la diplomatie Josep Borrell.

Mais cela ne doit pas faire oublier que le risque de récession était déjà bien présent pour l’Allemagne avant même que la Russie n’entre en guerre contre l’Ukraine, et ce, en raison des multiples difficultés à relancer l’outil productif amoindri par les conséquences de la pandémie avec le dérèglement des chaînes d’approvisionnement mondiales. De manière générale, les instituts soulignent que l’économie allemande “traverse des eaux difficiles” et cela à un moment où la levée des restrictions liées à la pandémie pourrait donner un coup de fouet à l’activité.

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Pour la petite histoire, trois jours avant que la Russie n’intervienne contre son voisin ukrainien, la situation économique était déjà si préoccupante que la Bundesbank a émis cet avertissement : après une baisse de 0,7% au quatrième trimestre 2021, l’Allemagne “pourrait baisser à nouveau de manière significative en raison de la pandémie” de janvier à mars 2022, écrit dans son bulletin mensuel publié le lundi 21 février.

Prévisions du PIB abaissées à 2,7 % en 2022 (contre 4,8 % précédemment)

Pour rappel, techniquement, une récession se définit par une baisse du PIB pendant deux trimestres consécutifs. Et certes, si le “Buba” avait alors laissé une petite lueur d’espoir en entrevoyant -au conditionnel- que la croissance devrait “accélérer à nouveau au printemps”, cela s’est évaporé avec l’invasion de l’Ukraine.

Ce mercredi, dans un premier scénario “central”, qui tient compte des conséquences de la guerre en Ukraine avec la poursuite du conflit et des sanctions mais sans tenir compte d’un arrêt des livraisons de gaz, les cinq instituts de prévision ont considérablement réduit sa croissance prévisions pour 2022, désormais attendues à 2,7%, contre une estimation de 4,8% en octobre. Cela se traduit également par un taux d’inflation prévu de 6,1 % cette année. Et d’ici 2023, ils s’attendent à ce que le PIB atteigne 3,1 %.

Stop aux importations de gaz russe, un sombre scénario

Dans un “scénario alternatif”, les cinq organismes de prévision ont calculé ce que serait le développement économique en cas de rupture des approvisionnements russes en gaz naturel et en pétrole à partir de la mi-avril, c’est-à-dire immédiatement.

Dans ce cas, c’est une “récession brutale” en 2023 qui frapperait l’Allemagne : l’économie allemande pourrait se contracter de 2,2 % et l’inflation pourrait monter à 7,3 %, soit “la valeur la plus élevée depuis la fondation de la République fédérale”.

La chute du PIB serait notamment de 5% au deuxième trimestre 2023, avant que l’économie ne se redresse en fin d’année. Cette perte de PIB s’élèverait à 220.000 millions d’euros pour 2022 et 2023, soit l’équivalent de 6,5% de la richesse annuelle, précise-t-il.

un noeud gordien

Berlin, qui fournissait plus de 55 % de la Russie avant-guerre, a déjà réduit cette part à 40 %, mais malgré de multiples démarches, il est encore hypothétique de trouver d’autres fournisseurs permettant de compenser les quantités manquantes et dans des conditions satisfaisantes. .

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Au niveau politique, l’éventuel embargo sur le gaz russe fait depuis plusieurs semaines l’objet d’âpres discussions entre les États membres de l’UE, Berlin étant l’un des principaux opposants à l’arrêt immédiat des importations, considérant que la paix économique et sociale en Allemagne est en jeu.

Pour le moment, l’Allemagne n’envisage pas de pouvoir se passer du gaz russe avant la mi-2024 et a activé fin mars le premier palier de son plan d’urgence pour garantir l’approvisionnement en gaz naturel face à la menace d’arrêt du gaz russe. les livraisons.

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Difficile de se réveiller pour l’Allemagne, qui mesure la fragilité de son économie

De manière générale, la guerre russe en Ukraine a vraiment mis en lumière la fragilité de l’économie allemande.

Car, outre la dépendance à l’égard du charbon, du pétrole et du gaz russes, évoquée à plusieurs reprises par Berlin pour s’opposer à toute interdiction d’importer du gaz de Russie vers l’UE, cette guerre a révélé une autre dépendance, également liée à son modèle basé sur les exportations : celle avec respect à la Chine.

En fait, en tant que nation exportatrice, l’Allemagne est le principal partenaire économique de la Chine. En 2021, plus de 245 milliards d’euros ont été échangés entre les deux pays, un chiffre supérieur de 15,1 % à celui de l’année précédente, marquée par le Covid-19.

Pourtant, une prise de conscience se dessine chez les industriels allemands, dont la moitié, selon une étude publiée en mars, seraient prêts à réduire leurs importations de produits en provenance de Chine pour des raisons éthiques. La guerre en Ukraine a soulevé la question des relations commerciales de Berlin avec d’autres pays accusés de violer les droits de l’homme, comme la Chine.

Le 6 avril, dans une interview au journal Le tempsLe ministre allemand des Finances, Christian Lindner (également chef du parti libéral FDP), préoccupé par la “forte dépendance économique” de l’Allemagne vis-à-vis de la Chine, a appelé les industriels allemands à “diversifier” les partenaires commerciaux du pays, dans un contexte de tensions internationales exacerbées par la guerre. en Ukraine.

« Le moment est peut-être venu de faire affaire de préférence avec ceux qui ne sont pas seulement des partenaires commerciaux, mais qui veulent aussi être des partenaires d’un point de vue de la valeur », a commenté Christian Lindner.

(avec AFP et Reuters)